#16 : L’Islam nie-t-il la raison, la philosophie et la pensée sur Dieu ? Réponse à guy pagès
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Introduction : une accusation grave fondée sur une méconnaissance profonde
Dans le point 16, l’abbé Guy Pagès affirme que l’islam, en se présentant comme « l’acte divin lui-même », refuserait toute participation humaine dans la transmission de la révélation et rendrait ainsi inutile toute discipline rationnelle (philosophie, métaphysique, théologie, mystique) pour penser Dieu.
Cette accusation n’est pas seulement erronée : elle repose sur une confusion conceptuelle majeure, un contresens théologique et une ignorance manifeste de la tradition intellectuelle islamique.


1. Révélation divine n'est aucunement une négation de la raison humaine
L’islam affirme que le Coran est Parole de Dieu révélée, mais jamais que l’intelligence humaine serait exclue, inutile ou illégitime.
Au contraire, le Coran :
- interpelle la raison,
- appelle à la réflexion,
- ordonne la méditation,
- condamne l’aveuglement intellectuel.
« Ne raisonnent-ils donc pas ? »
« Ne méditent-ils pas sur la création des cieux et de la terre ? »
« Ceux qui savent sont-ils égaux à ceux qui ne savent pas ? »
Ces formules sont omniprésentes dans le texte coranique.
Un texte qui appelle constamment à l’usage de l’intellect ne peut logiquement être qualifié de texte qui rendrait la pensée inutile.
👉 Dire que l’islam refuse de “penser Dieu” est donc factuellement faux.
2. La distinction Créateur / créature : fondement rationnel, non obscurantiste
L’abbé Pagès reproche à l’islam de refuser l’analogie de l’être, comme si cela empêchait toute connaissance de Dieu.
C’est ici que se révèle une confusion entre connaissance et assimilation.
En islam :
- Dieu est connaissable par Ses Noms, Ses Attributs et Ses actes,
- mais non assimilable à la création.
« Rien ne Lui ressemble, et Il est l’Audient, le Clairvoyant. » (Coran)
Ce principe n’est pas un refus de la raison, mais une exigence rationnelle de cohérence :
- l’infini ne peut être réduit au fini,
- l’Absolu ne peut être pensé comme un être parmi d’autres.
👉 Refuser l’analogie ontologique n’est pas refuser la pensée,
c’est refuser la confusion métaphysique.
3. L’Islam n’a jamais nié les disciplines intellectuelles – bien au contraire
L’affirmation selon laquelle philosophie, métaphysique, dogmatique ou mystique seraient « inutiles » en islam est historiquement indéfendable.
L’islam a produit :
- une théologie rationnelle (kalām),
- une philosophie métaphysique (falsafa),
- une mystique spirituelle rigoureuse (taṣawwuf),
- une science juridique fondée sur la raison analogique (qiyās).
Des siècles avant l’Europe moderne, des savants musulmans débattaient :
- de l’être,
- de la causalité,
- de l’intellect,
- du langage,
- du rapport entre raison et révélation.
👉 Prétendre que l’islam rend ces disciplines inutiles revient à nier plus de mille ans d’histoire intellectuelle documentée.
4. Le refus de l’analogie divine : une position rationnelle, pas un blocage
L’abbé Pagès présente le refus de l’analogie comme un enfermement intellectuel.
C’est l’inverse.
En islam :
- l’analogie est acceptée dans le monde créé,
- mais refusée lorsqu’elle conduit à projeter des limites humaines sur Dieu.
Ce n’est pas une négation de la pensée, mais une discipline de la pensée :
- savoir jusqu’où la raison peut aller,
- et où commence la transcendance.
👉 C’est une position philosophiquement défendable, du juste milieu, authentique, et même partagée par de nombreux courants métaphysiques non chrétiens.
5. Une accusation idéologique, non une analyse théologique
Le point 16 n’est pas une étude sérieuse de l’islam.
C’est une projection chrétienne, anthropomorphiste, utilisée comme norme unique, puis transformée en accusation.
Le raisonnement implicite est le suivant :
« Ce qui ne pense pas Dieu comme le christianisme est une impossibilité de penser Dieu. »
Ce procédé n’est ni scientifique, ni rationnel, ni honnête intellectuellement.
👉 Il ne s’agit pas d’une réfutation de l’islam, mais d’un refus d’admettre la pluralité des cadres théologiques.
Conclusion : une critique qui s’effondre sur elle-même
Le point 16 de Interroger l’islam repose sur :
- une méconnaissance du Coran,
- une ignorance de la tradition intellectuelle musulmane,
- une confusion entre transcendance et irrationalité,
- une prétention à ériger un modèle théologique particulier en norme universelle.
L’islam n’exclut pas la raison.
Il la protège de l’anthropomorphisme, la discipline, et l’oriente vers la vérité sans la diviniser.
👉 Ce que l’abbé Pagès présente comme une impossibilité de penser Dieu est en réalité une autre manière, cohérente et rationnelle, de Le penser sans Le réduire. Pour résumer l'abbé pagès et bien, il souffre d'anthropomorphisme.
