Ce n’est pas le christianisme qui progresse, c’est la Da'wah Musulmane qui recule
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Le retour du christianisme en Occident, une simple réaction identitaire anti-Islam ?
— Miséricorde pour l’Humanité France (@MisericordeF) January 1, 2026
Il y a un lieu commun qui m'agace de plus en plus, c'est cette idée particulièrement répandue au sein de notre communauté selon laquelle le retour vers le christianisme dans les pays occidentaux… pic.twitter.com/LucFuGIN7K
Ce propos se veut complémentaire : il prolonge le constat pour interroger ce qu’il implique pour la Da'wah musulmane aujourd’hui.
Aller plus loin que le constat : clarifier, distinguer, reconstruire la Da'wah Musulmane
Les constats sociologiques ont leur utilité. Ils permettent d’observer des tendances, d’anticiper des évolutions, de sortir des slogans confortables. Mais le constat n’est jamais une finalité. S’y arrêter, c’est confondre lucidité et résignation. L’enjeu réel, aujourd’hui, n’est donc pas de commenter indéfiniment le frémissement chrétien en Occident, mais d’en tirer les conséquences pour la Da'wah musulmane : ses manquements, ses confusions, et surtout ses responsabilités.
Trois points doivent être clarifiés sans détour :
- le phénomène chrétien reste minoritaire,
- le déclin de la Da'wah est d’abord une responsabilité musulmane,
- la concurrence religieuse ne doit jamais être confondue avec la question de la vérité.
1. Clarifier sans minimiser : un phénomène réel mais minoritaire
Il faut être rigoureux : le retour du christianisme occidental n’est pas un raz-de-marée. Il s’agit d’un mouvement minoritaire, souvent élitaire, porté par des noyaux très engagés mais numériquement faibles. Nous ne sommes pas face à une rechristianisation massive des sociétés occidentales, mais à une recomposition qualitative de certains milieux.
Pourquoi cette précision est-elle essentielle ?
Parce que l’exagération produit un effet pervers :
- elle donne une importance symbolique disproportionnée à un phénomène encore fragile.
Le danger n’est pas dans la croissance chrétienne en soi, mais dans le fait qu’elle se fasse dans un espace que les musulmans ont déserté : l’espace intellectuel, apologétique, pédagogique et stratégique.
2. Le cœur du problème : la responsabilité musulmane et le déclin de la Da'wah
Il faut ici être honnête, quitte à déranger.
Si certains jeunes occidentaux en quête de sens se tournent aujourd’hui vers le catholicisme conservateur, ce n’est pas parce que le christianisme serait soudainement devenu plus vrai, mais parce que la Da'wah musulmane a cessé d’être crédible, visible et structurée dans ces espaces.
Le déclin est multiple :
- Déclin stratégique : absence de vision long terme, incapacité à penser en décennies.
- Déclin intellectuel : répétition des mêmes arguments, refus de la rigueur, confusion entre slogans et science.
- Déclin financier : la Da'wah sérieuse coûte cher (livres, traductions, formations, plateformes), et elle n’est presque plus soutenue.
- Déclin du sérieux : tout le monde parle, peu étudient réellement, encore moins transmettent avec méthode.
La Da'wah ne se résume pas à des punchlines sur les réseaux sociaux. Elle suppose:
- des savants,
- des influenceurs sérieux et droits,
- des bons étudiants,
- des personnes nullement sectarisées,
- des pédagogues,
- des traducteurs,
- des apologètes formés,
- des structures stables et financées.
Or, ce sont précisément ces piliers qui se sont effondrés ou marginalisés.
3. Ne pas confondre concurrence religieuse et vérité
C’est l’une des confusions les plus dangereuses.
Le fait qu’une religion soit dynamique, financée, visible ou politiquement influente ne dit strictement rien de sa vérité théologique. L’histoire humaine est remplie de croyances puissantes… et fausses.
L’Islam ne devient pas moins vrai parce que d’autres religions s’organisent mieux.
Il ne devient pas moins cohérent parce que certains musulmans ont cessé de travailler sérieusement.
La vérité religieuse ne se mesure :
- ni au nombre,
- ni au bruit médiatique,
- ni aux budgets,
- ni aux soutiens politiques.
Mais la transmission de la vérité, elle, dépend bel et bien :
- du travail humain,
- de la rigueur,
- des moyens,
- et de la responsabilité collective.
Confondre ces deux plans — vérité et efficacité — mène soit à l’arrogance, soit au découragement. Les deux sont mortifères.
4. L’urgence : soutenir massivement une Da'wah réelle et active
Le temps n’est plus aux discours abstraits. La Da'wah musulmane ne se relèvera pas sans soutien massif, concret et structuré.
Soutenir la Da'wah, ce n’est pas :
- financer des polémiques stériles,
- encourager des clashs éphémères,
- applaudir des improvisations.
Soutenir la Da'wah, c’est :
- financer des livres sérieux,
- soutenir des instituts de formation,
- permettre des traductions de qualité,
- investir dans des plateformes durables,
- soutenir des personnes sérieuses qui se consacrent à cette Da'wah,
- protéger et encourager ceux qui travaillent dans la durée, visibles ou dans l’ombre.
Les minorités agissantes font l’Histoire. Les majorités passives la subissent.
Aujourd’hui, la minorité agissante musulmane manque de moyens, pas de vérité.
Conclusion : sortir du commentaire, entrer dans l’action
Observer le monde ne suffit plus.
Analyser les autres ne suffit plus.
Même avoir raison ne suffit plus.
Si la Da'wah musulmane décline en Occident, ce n’est ni une fatalité ni un complot, mais le résultat de nos choix collectifs : abandon du sérieux, sous-financement chronique, refus de la discipline intellectuelle.
L’heure n’est pas à la nostalgie ni au triomphalisme, mais à la reconstruction patiente.
Soutenir massivement la Da'wah réelle et active n’est plus une option : c’est une responsabilité religieuse.
La vérité de l’Islam demeure.
Reste à savoir si nous aurons le courage, la lucidité et les moyens de la porter dignement.
« Allah ne modifie point l’état d’un peuple tant qu’ils ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. » (Coran, sourate Ar-Ra‘d, 13:11)

