Quand la division interne devient un relais de l’hostilité extérieure

Dans un contexte marqué par la banalisation de l’islamophobie et par des stratégies répétées de stigmatisation, la question de la cohésion des musulmans revêt une importance centrale. Cette cohésion n’est pas un slogan émotionnel ni une posture politique : elle est un principe explicitement affirmé par le Prophète ﷺ, dans une parole fondatrice qui structure la responsabilité collective de la communauté.

Le Prophète ﷺ a dit :

« المسلمون تتكافأ دماؤهم، ويسعى بذمتهم أدناهم، وهم يدٌ على من سواهم »

C’est-à-dire :

« Les musulmans sont égaux quant à la valeur de leurs vies ; la protection accordée par l’un d’entre eux engage l’ensemble de la communauté, même lorsqu’elle émane du plus humble ; et ils forment une seule main face à ceux qui leur sont extérieurs (et hostiles). »

Ce hadith établit un principe clair : lorsque la communauté musulmane est confrontée à une pression extérieure, hostile, elle ne peut se permettre une fragmentation interne permanente. L’égalité, la force de l’engagement collectif et l’unité face à l’adversité sont présentées comme des fondements, non comme des options.


« Les croyants ne sont que des frères. Établissez donc la réconciliation entre vos frères et craignez Allah, afin qu’il vous soit fait miséricorde. »
(Coran, sourate 49 – Al-Ḥujurāt, verset 10)


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Or, l’une des mécaniques les plus efficaces de l’islamophobie contemporaine ne consiste pas toujours à attaquer frontalement l’islam, mais à encourager ou exploiter des divisions " internes ".

La mise en concurrence des musulmans entre eux, la disqualification systématique de larges pans de la communauté, ou la délégitimation morale de ceux qui ne sont pas jugés "fiables" (pour des raisons islamophobes) participent de cette logique.


Note :

C’est précisément dans ce cadre que s’inscrit une autre mécanique bien connue : la disqualification par l’étiquetage. De nombreux « spécialistes de l’islam » autoproclamés, souvent extérieurs à la communauté musulmane ou déconnectés de sa réalité vécue, recourent à des catégories simplificatrices et stigmatisantes pour neutraliser toute parole musulmane sérieuse. Ainsi, des musulmans pratiquants, investis religieusement, soucieux de cohérence et de fidélité à leur foi, se voient fréquemment qualifiés de « Frères musulmans », de « salafistes » ou d’« islamistes », indépendamment de leur réalité doctrinale ou de leur engagement réel.

Ce procédé ne vise pas à décrire, mais à discréditer. Il permet d’associer toute pratique religieuse assumée à une menace supposée, et de délégitimer d’emblée ceux qui pourraient porter une parole autonome, critique ou enracinée dans les sources de l’islam. Parallèlement, ces mêmes cercles médiatiques ou institutionnels tendent à imposer comme « représentants des musulmans » des figures qui ne représentent ni leurs pratiques, ni leurs préoccupations, ni leurs sensibilités religieuses, mais qui présentent l’avantage d’être compatibles avec les attentes extérieures. Des personnes jugés fiables (toujours pour des raisons, au final, islamophobes mais pas que...Evidemment.)...

Cette double stratégie — stigmatiser les musulmans sérieux et promouvoir des interlocuteurs déconnectés — participe pleinement des mécaniques de division. Elle accentue la mise en concurrence interne, affaiblit la cohésion communautaire et donne l’illusion d’un dialogue, tout en marginalisant la majorité silencieuse des musulmans ordinaires. Elle contribue ainsi à créer une représentation artificielle de l’islam et des musulmans, au détriment de leur pluralité réelle et de leur dignité collective.

Fin de note


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C’est dans ce contexte que certaines approches ultra-sectaires, souvent désignées comme fanatiques de la mise en garde (certains diront madkhalistes), kharidjites, coranistes, ahbachites, chiites, ahmadites, posent un problème sérieux au regard de la parole prophétique. En réduisant la notion de cohésion à l’obéissance à une lecture étroite (comme le font les fanatiques de la mise en garde), en multipliant les classifications, les soupçons et les ruptures, et aussi en distillant des annulatifs de l'islam comme le font les coranistes, ahbachites, ahmadites et chiites, ces courants déviants contribuent objectivement à affaiblir la communauté face aux dynamiques hostiles qui la visent. Pire encore, car ici et concernant ces sectes (coranistes, ahbachites, chiites, ahmadites) il est question d'annulatifs de l'islam, de la Foi, et donc, d'apostasie et ce, sans même s'en rendre compte pour ceux et celles qui tombent dedans.

Alors oui, la parole du Prophète ﷺ ne conditionne pas la cohésion de la communauté à une perfection totale. Elle affirme au contraire une unité de principe, précisément pour empêcher que les imperfections humaines inévitables ne deviennent un prétexte à la fragmentation interne, fragmentation qui profite toujours à des forces extérieures hostiles. Cette cohésion n’est ni un appel à la violence, ni une suspension du discernement, ni une approbation de tout et de n’importe quoi. Elle repose sur la patience, la sagesse et la hiérarchisation des priorités, sans jamais confondre unité et confusion. Vous l'aurez compris.

Préserver la cohésion implique donc d’accepter l’existence d’imperfections, de manquements et de divergences secondaires, tant qu’elles ne touchent pas aux fondements mêmes de la religion. Il s’agit d’un effort de maturité collective, qui refuse aussi bien la complaisance que la brutalité. La cohésion ne peut évidemment pas se construire autour de ce qui relève de l’inacceptable doctrinal ou de positions qui contredisent clairement les bases de l’islam ; mais elle ne peut pas non plus être sacrifiée au profit d’un perfectionnisme irréaliste ou d’une obsession de la pureté absolue.

Dans ce cadre, le sectarisme fanatique centré sur la “mise en garde” permanente, souvent désigné comme madkhaliste en raison de ses excès, apparaît comme une impasse. En réduisant la religion à une logique de suspicion, de disqualification et de rupture incessante, cette approche détourne les musulmans de l’essentiel, épuise les énergies et alimente précisément les divisions que le Prophète ﷺ cherchait à prévenir. Lui accorder une place centrale dans la réflexion ou dans l’action revient le plus souvent à perdre du temps, à nourrir des querelles stériles et à affaiblir la cohésion face à des défis bien plus sérieux.

La voie prophétique invite au contraire à une unité lucide : ferme sur les principes, patiente face aux imperfections, et résolument tournée vers la préservation du lien communautaire. Elle enseigne que la cohésion n’est ni naïveté ni laxisme, mais une responsabilité morale majeure, à exercer avec discernement, sans violence, sans hystérie doctrinale et sans se laisser enfermer dans des dynamiques internes destructrices.

Concernant les courants sectaires tels que le kharidjisme, le chiisme doctrinal, le coranisme, le ahmadisme ou l’ahbachisme, la position de l’islam sunnite est connue et constante : ils doivent être rejetés sur le plan doctrinal, car leurs croyances ou leurs méthodologies s’écartent des fondements établis de l’islam.

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Le kharidjisme, en particulier, représente une dérive historiquement grave. Il est caractérisé par l’excommunication abusive (takfîr avec exagération), la violence idéologique et, dans ses formes contemporaines, par des pratiques terroristes explicitement condamnées par l’islam. Cette idéologie est aux antipodes de la voie prophétique, fondée sur la justice, la préservation de la vie humaine et le refus de toute transgression. Les savants musulmans ont unanimement mis en garde contre cette déviance (comme Daech, el Qaeda, etc.), précisément en raison de ses conséquences destructrices.

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Quant aux autres courants mentionnés — chiisme duodécimain, coranisme, ahmadisme et ahbachisme — leur rejet ne repose pas sur une logique conflictuelle ou violente, mais sur une évaluation théologique. Leurs croyances comportent des éléments qui contredisent (des annulatifs de l'islam) des fondements essentiels de l’islam tels qu’ils ont été transmis par le Coran, la Sunna authentique et le consensus des savants. À ce titre, ils ne peuvent être intégrés à la croyance sunnite orthodoxe.

Préserver la communauté musulmane de ces dérives ne signifie ni persécution ni confrontation, mais clarté doctrinale, transmission correcte du savoir et vigilance intellectuelle. Il s’agit de protéger la Foi, non d’alimenter des tensions. L’islam n’appelle ni à la violence ni à la haine, mais à la fermeté dans les principes et à la sagesse dans la manière.

La cohésion communautaire prônée par le Prophète ﷺ ne se construit donc pas au prix de la confusion doctrinale, mais par l’enracinement dans une croyance saine, clairement transmise, et par le refus des idéologies extrêmes ou déviantes qui ont, historiquement, causé plus de division et de souffrance que de réforme.

L’expression « ils forment une seule main » prend ici tout son sens. Elle ne nie pas les divergences internes. Mais elle trace une limite claire : lorsque la critique se transforme en disqualification permanente, lorsque la fracture devient structurelle, elle cesse d’être une réforme et devient un facteur de vulnérabilité collective.

Dans un climat islamophobe, le sectarisme exacerbé fonctionne souvent comme un relais involontaire, et même volontaire, de l’hostilité extérieure. En fragmentant la communauté, en isolant certains musulmans et en normalisant la rupture du lien, il facilite la stigmatisation globale et affaiblit toute capacité de réponse collective.

Le hadith rappelle au contraire que la cohésion est une responsabilité prophétique. Elle n’exige pas l’uniformité, mais elle interdit la logique du sacrifice interne. Il ne faut pas se phagocyter. Elle appelle à une unité lucide, fondée sur la Droiture, la loyauté au Texte et le refus de servir, consciemment ou non, des dynamiques hostiles à l’islam et aux musulmans.

Face aux mécaniques islamophobes, la cohésion n’est donc ni naïveté ni compromission. Elle est une fidélité à l’enseignement du Prophète ﷺ, qui savait que la division interne est souvent plus destructrice que l’attaque extérieure.