La Marche Amère vers la Nakba : Comprendre les Racines de la Tragédie Palestinienne

Dans cette analyse approfondie, nous explorons les événements cruciaux qui ont pavé la voie à la Nakba (la catastrophe) de 1948, en nous basant sur un récit historique qui remonte à l'idée du retour des Juifs en Palestine jusqu'aux récentes crises. Comprendre ces racines est essentiel pour saisir la nature persistante et enflammée de la question palestinienne.

La Grande Révolte Palestinienne (1936-1939) : Un Cri de Résistance

Il faut mettre en lumière la Grande Révolte Palestinienne qui a éclaté en 1936 et a duré jusqu'en 1939. Cette révolte a vu la participation de musulmans venant d'Égypte, de Jordanie, du Levant et d'Irak, dont certains étaient des figures de proue comme Fawzi al-Qawuqji.

Fawzi al-Qawuqji

Cependant, comme souvent dans les mouvements de résistance islamique, cette révolte a été confrontée à une répression brutale de la part des forces britanniques.

Les Méthodes de Répression Britanniques

Les Britanniques ont employé une variété de tactiques pour étouffer la résistance palestinienne, notamment :

•L'assassinat de leaders militaires et opérationnels.

•L'isolement des leaders politiques par l'exil ou en facilitant leur fuite hors de Palestine1 .

•Le désarmement de la population, avec des conséquences sévères comme la démolition des maisons, même pour la possession d'une seule cartouche vide.

•L'utilisation de civils palestiniens comme boucliers humains pour protéger leurs véhicules et trains contre les attaques de la résistance.

•Le siège de villages et de vastes campagnes d'arrestations, ciblant même les proches de ceux soupçonnés d'avoir rejoint la révolte.

•La démolition massive de maisons, en particulier à Jaffa.

Finalement, la Grande-Bretagne a mobilisé des forces considérables, 20 000 soldats sous le commandement de quatre généraux ayant participé à la Première Guerre mondiale, pour réoccuper militairement toute la Palestine.

Au plus fort de la révolte, à la fin de 1938 et au début de 1939, la Grande-Bretagne a imposé un régime militaire soutenu par 100 000 soldats.

Le bilan de ces trois années de révolte est lourd, avec 5 000 Palestiniens tués et environ 14 000 blessés, sans compter les nombreux arrêtés, expulsés et ceux contraints de fuir.

Certaines estimations suggèrent que cette période a éliminé jusqu'à un dixième des hommes palestiniens adultes aptes au combat, décimant une génération qui aurait pu résister à l'occupation de leurs terres.

Le Livre Blanc de 1939 : Une Tentative d'Apaisement

Face à cette révolte prolongée et à l'approche de la Seconde Guerre mondiale en 1939, la Grande-Bretagne a cherché à stabiliser la région. Elle a annoncé l'annulation du projet de partition de la Palestine, a libéré certains leaders exilés du Haut Comité Arabe et a proposé une conférence à Londres entre Arabes et Juifs.

Cette période a vu la publication du Livre Blanc en mai 1939, considéré comme la plus grande concession britannique en faveur des Palestiniens à l'époque.

Le Livre Blanc prévoyait notamment la limitation de l'immigration juive à 75 000 personnes sur une période donnée et restreignait la vente de terres aux Juifs dans certaines zones.

Cependant, la Grande-Bretagne a refusé d'accorder une amnistie aux combattants et n'a pas permis le retour du leader politique palestinien, Haj Amin al-Husseini.

Ce dernier a tenté de rallier le soutien de l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale contre les Britanniques, mais la défaite des puissances de l'Axe a mis fin à ces espoirs.

Le Rôle des Pays Arabes Voisins : L'Égypte et la Jordanie

Pour comprendre pleinement le contexte de la Nakba, il est crucial d'examiner la situation des pays arabes voisins, en particulier l'Égypte et la Jordanie, après la Première Guerre mondiale.

Ces pays étaient généralement sous occupation étrangère ou avaient des gouvernements qui leur étaient subordonnés.

L'Égypte : Entre Indépendance Formelle et Influence Britannique

L'Égypte, le pays arabe le plus peuplé, était sous occupation britannique depuis environ 40 ans lorsque la Première Guerre mondiale s'est terminée. Malgré les promesses britanniques d'évacuation, leur lenteur à tenir cet engagement a conduit à la révolution de 1919.

Bien que cette révolution ait ébranlé la présence britannique, les Anglais ont réussi à en absorber l'impact en promouvant des leaders qui leur étaient favorables, comme Saad Zaghloul, qui a orienté le mouvement vers des négociations aboutissant à une indépendance formelle et une constitution dont les pouvoirs étaient largement détenus par le roi.

De 1923 à 1948, période dite libérale en Égypte, l'influence britannique et celle des élites occidentalisées sont restées prédominantes. La question palestinienne n'était pas une cause centrale et unifiée en Égypte à cette époque.

Une communauté juive influente existait en Égypte, avec des journaux soutenant le sionisme.

Certains politiciens égyptiens n'hésitaient pas à afficher leur sympathie envers les sionistes et à condamner la résistance palestinienne.

Des ouvrages publiés en Égypte louaient même la nation juive et appelaient au soutien de l'établissement d'un État juif en Palestine.... Parallèlement, toute critique ouverte de ces développements était risquée.

La puissance de l'Égypte était en fin de compte limitée par la mainmise britannique sur l'armée, la police et les ressources économiques.

Malgré la sympathie populaire pour la Palestine, la marge de manœuvre du peuple égyptien était restreinte par l'autorité britannique.

Selon le Dr. Awatef Abdel Rahman, l'Égypte était même l'un des principaux centres de propagande sioniste dans le monde arabe à cette époque.

La Jordanie (Émirat de Transjordanie) : Un Royaume Façonné par les Britanniques

Après la Première Guerre mondiale, Abdullah bin al-Sharif Hussein s'est retrouvé à la tête de l'Émirat de Transjordanie, une entité créée par les Britanniques à l'est du fleuve Jourdain. Cette région désertique, pauvre en ressources et sans véritable ville à ses débuts, était loin d'être un État viable.

Abdullah entretenait une relation étroite et loyale avec les Britanniques, qui finançaient son armée dirigée en partie par des officiers britanniques comme Glubb Pacha.

Malgré sa position, Abdullah nourrissait des ambitions d'expansion vers l'ouest, notamment en Palestine, qui était sous mandat britannique et ne possédait pas de gouvernement arabe indépendant.

La Grande-Bretagne lui a accordé une indépendance formelle tout en continuant à financer son armée.

Abdullah était un allié fidèle des Britanniques, au point d'être alarmé par la perspective de leur retrait de Palestine, craignant la fin de leur soutien financier.

Abdullah a joué un rôle controversé dans la partition de la Palestine, étant le seul dirigeant arabe à accepter le plan de division, car les Britanniques lui avaient promis que le territoire arabe résultant de ce plan lui serait rattaché.

Bien qu'il ait publiquement affiché son soutien à la défense de l'arabité de la Palestine, son entrée militaire en Palestine après le retrait britannique visait en réalité à annexer la Cisjordanie à son royaume plutôt qu'à empêcher la création d'un État sioniste.

Ainsi, le plan de partage a abouti à la création d'Israël, mais pas d'un État palestinien arabe, en grande partie à cause du rôle d'Abdullah.

Conclusion

La marche vers la Nakba a été un processus complexe, marqué par la résistance palestinienne face à la colonisation britannique et au projet sioniste, mais aussi par la répression brutale, les dynamiques politiques internes des pays arabes voisins et les intérêts stratégiques des puissances occidentales...

La situation en Égypte et les ambitions du dirigeant jordanien Abdullah ont contribué de manière significative au contexte dans lequel la tragédie de 1948 s'est produite.

La suite de cette histoire, concernant les autres pays voisins de la Palestine et le récit de la Nakba elle-même, fera l'objet de prochaines discussions.