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Le 2 août 636, aux premières lueurs du jour, les armées byzantine et musulmane se font face sur le plateau de Yarmouk, au Levant. Le camp romain, fort de ses centaines de rangs, s’est mis en ordre de bataille et attend le signal du combat. Avec le lever du soleil, les soldats romains scrutent l’horizon en observant, à la fois stupéfaits et inquiets, les formations inédites des troupes musulmanes en face d’eux, ornées de bannières flottantes au vent. Malgré une certaine appréhension – nourrie par les victoires précédentes des musulmans en Syrie et leur réputation de traitements cléments envers les populations locales – les Romains restent confiants dans leur écrasante supériorité numérique.

Aux avant-postes, plusieurs dizaines de guerriers et commandants musulmans s’avancent soudainement hors des lignes, certains suivant les instructions du général Khalid ibn al-Walîd (qu’Allah l’agrée), et d’autres musulmans par leur propre bravoure. Ils lancent ainsi le défi du duel aux champions adverses. La mubaraza – combat singulier précédant la mêlée générale – commence. Des chevaliers romains, désireux de prouver leur valeur, sortent un à un des rangs byzantins. Mais les valeureux combattants musulmans, aguerris et déterminés, les dominent rapidement : nombre de ces volontaires romains tombent l’un après l’autre sous les coups des champions de l’Islam. Le pieux ‘Abd al-Rahmân ibn Abî Bakr (qu'Allah l'Agrée et Lui Fasse Miséricorde) se distingue particulièrement en pourfendant cinq chefs romains successivement, semant le doute dans le cœur de l’ennemi. Le sol du plateau retentit du fracas des lances et des épées, et les duels héroïques se prolongent jusqu’à la fin de la matinée.

Craignant que la poursuite de ces combats singuliers n’érode le moral de ses troupes, le général en chef byzantin, Vahân, ordonne alors d’y mettre un terme avant midi. Les deux armées se regroupent. Peu après, à l’heure de la mi-journée, le roulement grave des tambours de guerre romains résonne sur le champ de bataille. L’immense armée byzantine commence à avancer en direction des lignes musulmanes. Les lourdes cohortes d’infanterie romaine forment la première vague et se meuvent en rangs serrés vers le front musulman. De son côté, Khalid ibn al-Walîd (qu'Allah l'Agrée et Lui Fasse Miséricorde) décide de ne pas faire mouvement : il ordonne à ses hommes de tenir leurs positions défensives. Les combattants du djihad contre l'envahisseur Byzantin se préparent fermement à encaisser le choc de cette offensive décisive...

Comment en est-on arrivé à ce face-à-face monumental entre l’Empire byzantin et le jeune califat islamique, sur cette plaine aride de Yarmouk ? Pour le comprendre, replongeons dans le contexte historique qui a mené à cette bataille extraordinaire et décisive dans l'Histoire de l'Islam, l'Histoire du Monde.

Contexte historique avant Yarmouk

Au début du VIIè siècle, la péninsule arabique a été le berceau de l’Islam et a vu la nouvelle religion se répandre à une vitesse fulgurante. Après l’Hégire et l’établissement de l’État islamique à Médine sous la conduite de notre Prophète Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui), l’Islam gagne rapidement du terrain. À la mort du Prophète, son successeur Abou Bakr As-Siddiq (qu’Allah l’agrée) devient le premier calife. Sous son califat, l’influence musulmane s’étend en quelques années vers l’Orient, conquérant une partie de l’Irak et défiant l’Empire perse sassanide, tandis qu’à l’Occident, les troupes musulmanes progressent en Syrie (Bilad ach-Cham).

À cette époque, le Levant est dominé par l’Empire byzantin (romain d’Orient), gouverné par l’empereur Héraclius. Celui-ci vient de sortir exsangue d’une longue série de guerres contre l’Empire perse sassanide. Ces conflits incessants entre Byzantins et Perses ont épuisé les deux superpuissances de l’époque, ruinant leurs ressources et affaiblissant considérablement leurs armées. Ces circonstances providentielles vont grandement faciliter l’essor fulgurant de l’Islam, el Hamdoullillah, et la victoire des musulmans, porteurs d’une nouvelle foi qu’ils considèrent comme la véritable religion.

Profitant de l’élan donné par la nouvelle unité islamique, les généraux du calife Abou Bakr remportent de grandes victoires militaires sur les deux fronts. En Mésopotamie, les troupes musulmanes infligent plusieurs défaites retentissantes aux armées perses, brisant le moral sassanide et ouvrant la voie à la conquête de vastes territoires. De même, en Syrie, les Byzantins subissent revers sur revers face aux forces du califat. Plusieurs batailles importantes tournent à l’avantage des musulmans, qui parviennent même à investir la prestigieuse ville de Damas, capitale de la province byzantine de Syrie. En l’an 14 de l’Hégire (635 apr. J.-C.), Damas est assiégée puis tombe aux mains des musulmans. Ces succès militaires successifs pavent la voie à une confrontation majeure qui décidera du sort de la Syrie : la bataille du Yarmouk.


La Grande mosquée de Damas

Conscient du danger mortel que représente ce jeune adversaire, l’empereur Héraclius réalise à la fin de 635 que la situation de son empire au Levant est précaire et que Byzance est au bord du gouffre. Il décide alors d’organiser une vaste contre-offensive pour reprendre le contrôle de la Syrie et écraser définitivement les troupes du califat. Héraclius met en branle l’une des plus grandes armées que le Levant ait jamais vue, rassemblant des renforts de toutes les provinces de l’Empire. Au début de l’année 636, des soldats affluent de tout l’Empire byzantin vers le nord de la Syrie, répondant à l’appel de l’empereur. Des contingents entiers de peuples alliés ou vassaux rejoignent l’effort de guerre : on voit arriver des soldats européens (Grecs, Balkans,...), des archers arméniens, des guerriers slaves et même des troupes venues des lointaines contrées des Russes. À ces forces s’ajoutent bien sûr les légions régulières romaines d’Orient, ainsi que les Arabes chrétiens des royaumes vassaux comme les Ghassanides, animés d’un zèle particulier pour défendre leurs terres chrétiennes. Une véritable armée multinationale se forme ainsi, portée par un esprit de “guerre sainte” avant l’heure, une croisade avant l’heure contre l’expansion de l’Islam. Héraclius entend frapper fort : il veut attirer les forces musulmanes dans une bataille rangée décisive et les anéantir en une seule fois, vengeant ainsi les défaites subies et stoppant net la progression du califat.

Le point de ralliement des troupes impériales est fixé dans le nord de la Syrie, autour de la ville d’Antioche. Bientôt, un nombre colossal de soldats est rassemblé. Des prières solennelles sont organisées dans tout l’empire d’Orient pour implorer la victoire divine en faveur des armées byzantines qui s’apprêtent à marcher sur les envahisseurs. Selon les chroniques, l’effectif total rassemblé par Héraclius dépasserait les 200 000 hommes, une masse impressionnante pour l’époque, témoignant de la détermination byzantine. Vers le mois de juin 636, cette marée humaine se met en mouvement depuis Antioche vers le sud, en direction de la Syrie centrale. D'autres sources historiques évoquent une armée composée de 80 000 à 120 000 soldats chrétiens... Il est difficile de connaître le chiffre exact mais il est évident que cette armée était composée au minimum d'approximativement 80 000/100 000 hommes...


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Face à cette menace sans précédent, la situation des forces musulmanes en Syrie devient critique. En cette mi-636, le commandement musulman en Syrie est exercé par le célèbre compagnon du Prophète Abou ‘Oubayda ibn al-Jarrâh (qu’Allah l’agrée), nommé gouverneur militaire de la région de Damas. Mais ses troupes sont dispersées à travers le pays, occupées à tenir les positions conquises ou à assiéger les dernières places fortes byzantines. On compte alors quatre grands corps d’armée musulmans répartis en Syrie : au nord, dans la région de Homs et Hama, opère l’un des plus brillants généraux du califat, Khalid ibn al-Walid (qu’Allah l’agrée), avec un contingent; à l’extrême sud-ouest, en Palestine, le régiment mené par ‘Amr ibn al-‘Âs (qu’Allah l’agrée); plus à l’est, dans la vallée du Jourdain, les troupes de Sharhabeel ibn Hasana (qu’Allah l’agrée); enfin, sur la côte au nord de la Palestine, Yazid ibn Abi Soufyân (qu’Allah l’agrée) mène le siège de Césarée maritime, où s’est retranché Constantin, le fils de l’empereur Héraclius. Cet étalement des forces musulmanes sur plusieurs centaines de kilomètres fait justement partie du calcul d’Héraclius : l’empereur compte profiter de sa supériorité numérique pour écraser les détachements ennemis un par un.

Héraclius élabore en effet un plan stratégique audacieux pour balayer les conquérants arabes. Son armée est divisée en cinq corps principaux qui doivent pénétrer en Syrie et converger vers les positions musulmanes du nord. Le gros des forces byzantines doit fondre sur la région de Homs/Hama, où se trouvent les troupes de Khalid, afin de les prendre au piège. Les différentes colonnes byzantines doivent attaquer simultanément par le nord, l’ouest, l’est et le sud de la zone, encerclant complètement le camp musulman. Par ailleurs, un contingent est chargé de marcher vers Damas depuis le sud afin d’isoler Abou ‘Oubayda et de prévenir toute retraite ou renfort musulman venant de cette direction. En théorie, le piège est parfait : les musulmans de Syrie, cernés de toutes parts, devraient être submergés et anéantis facilement par la masse byzantine.

Au début de l’été 636, le plan impérial est mis à exécution. Les armées byzantines se meuvent comme prévu et pénètrent en Syrie intérieure. Cependant, lorsqu’elles atteignent enfin les camps musulmans supposés, la surprise est totale : les positions musulmanes sont désertes. Par exemple, les avant-gardes impériales qui entrent dans Homs ne trouvent aucun soldat ennemi – là où elles s’attendaient à prendre Khalid ibn al-Walid au piège. Héraclius et ses généraux comprennent que les musulmans ont eu vent de leurs manœuvres. Que s’est-il donc passé ? Comment les forces musulmanes ont-elles pu échapper à l’étau de l’armée impériale ?

En réalité, grâce à un excellent réseau de renseignement, les musulmans avaient anticipé la manœuvre byzantine. Des espions infiltrés au sein même des troupes d’Héraclius avaient transmis l’information de la grande offensive imminente. De plus, des prisonniers romains interrogés par les musulmans avaient confirmé la concentration de troupes au nord. Fort de ces renseignements, le général Khalid ibn al-Walid, dont l’acuité stratégique était légendaire, a rapidement deviné le plan de l’Empereur. Khalid comprend que ses forces, dispersées comme elles le sont en Syrie, risquent d’être écrasées isolément. Il préconise aussitôt une manœuvre risquée mais nécessaire : le regroupement général. Khalid conseille à Abou ‘Oubayda de faire évacuer sans délai toutes les positions trop avancées et de rassembler toutes les armées musulmanes en un point unique, de manière à faire face de façon unifiée au raz-de-marée byzantin. Abou ‘Oubayda, après réflexion, accepte cette stratégie hardie. Il envoie en urgence des messagers à ‘Amr ibn al-‘Âs, à Sharhabeel ibn Hasana et à Yazid ibn Abi Soufyân pour leur ordonner de renoncer provisoirement à leurs sièges et conquêtes en cours, et de ramener leurs troupes au plus vite vers le nord afin de faire jonction avec le gros de l’armée. Le point de rendez-vous est fixé à al-Jâbiya, localité située sur le plateau du Golan, au sud de Damas.

Cette décision difficile implique de sacrifier du terrain – les Byzantins vont pouvoir réoccuper certaines villes temporairement abandonnées – mais c’est le prix à payer pour éviter la destruction totale. Ainsi, en quelques jours, les commandants musulmans opèrent un repli stratégique d’ampleur. Ils évacuent leurs garnisons avancées et convergent en direction de al-Jâbiya comme convenu. Lorsque les colonnes byzantines atteignent Damas et Homs, fin juin 636, les musulmans ne sont déjà plus là : ils se sont repliés plus au sud, échappant de justesse à l’encerclement. Les historiens arabes décrivent cette retraite coordonnée comme une manœuvre extrêmement audacieuse qui a sauvé l’armée islamique du Levant des « griffes de la mort ».


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Regroupées à al-Jâbiya, les troupes musulmanes sont désormais face à un dilemme. Certes, elles ont évité l’anéantissement immédiat, mais elles restent en infériorité numérique flagrante face aux Byzantins. Que faire ? Attendre du renfort, se retrancher, ou retraiter plus loin ? Abou ‘Oubayda informe le calife Omar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) – qui a succédé entre-temps à Abou Bakr – de la situation critique en Syrie, et lui demande des renforts urgents pour affronter les armées d’Héraclius. Mais le temps presse et l’ennemi approche. Un conseil de guerre est réuni entre les principaux commandants musulmans. Certains proposent une solution radicale : battre en retraite encore plus au sud, se réfugier provisoirement dans les steppes arides de la péninsule arabique toute proche, là où les lourdes armées byzantines ne pourraient pas les suivre, puis attendre que la tempête passe avant de revenir en Syrie. Cette idée de repli stratégique global est vite rejetée : comment abandonner ainsi toutes les terres déjà ouvertes à l’islam et rendre sans combat les fruits des victoires passées ? D’autres sont d’avis de rester sur place à al-Jâbiya et d’y affronter l’ennemi. Khalid ibn al-Walid, lui, garde d’abord le silence pendant que les avis sont échangés. Finalement, Abou ‘Oubayda se tourne vers lui et le prie de donner son opinion. Khalid expose alors son plan alternatif :

« Ô commandant, si nous restons ici, nous ferons exactement ce que souhaite l’ennemi. Sache qu’à Césarée, qui n’est pas très éloignée de al-Jâbiya, il y a 40 000 Romains menés par Constantin, le fils d’Héraclius. Si nous demeurons sur place, cette force peut nous tomber dessus par derrière pendant que le gros de l’armée impériale nous attaque de front. Je propose plutôt que nous déplacions le théâtre des opérations plus au sud-est, dans la plaine du Yarmouk. En installant nos forces dos au désert, vers la steppe arabique, nous garderons une voie de retraite sûre vers le sud si nécessaire, et il sera plus facile pour le calife de nous envoyer des renforts. Surtout, nous aurons face à nous une vaste plaine ouverte, idéale pour déployer notre cavalerie et utiliser au mieux nos atouts sur le champ de bataille. »

Cette proposition fait l’objet de discussions approfondies, puis convainc finalement le conseil. Abou ‘Oubayda approuve le plan et cède même le commandement suprême de l’armée à Khalid ibn al-Walid, reconnaissant implicitement ses talents militaires exceptionnels pour mener la bataille à venir. Quelques jours plus tard, les troupes musulmanes lèvent le camp d’al-Jâbiya et se dirigent vers l’emplacement choisi par Khalid. C’est une vaste plaine le long de la rivière Yarmouk, non loin des gorges qui séparent le plateau du Golan de la vallée du Jourdain. Là, les musulmans établissent leur campement et se préparent à livrer bataille.

Entre-temps, l’immense armée byzantine descend elle aussi vers le sud à marches forcées. Apprenant que les musulmans se massent vers le Yarmouk, les généraux byzantins redirigent leurs troupes dans cette direction. Bientôt, les deux armées se font face de part et d’autre de la plaine du Yarmouk, à la frontière orientale de l’actuelle Jordanie. Nous sommes désormais aux premiers jours du mois de rajab de l’an 15 de l’Hégire, correspondant à la fin de l’été 636 apr. J.-C. Les deux camps établissent leurs quartiers et procèdent aux derniers préparatifs. Des escarmouches de cavalerie et des missions de reconnaissance ont lieu pour jauger les positions adverses. Les chefs passent en revue leurs hommes, affûtent les armes et galvanisent les troupes en vue de l’affrontement décisif qui s’annonce. Sur l’étendue du plateau, l’armée byzantine apparaît aux musulmans telle une vaste mer humaine, se déployant à perte de vue sur environ 10 kilomètres de front. Un témoin la compare à « un vol de sauterelles qui obscurcit le sol » tant les soldats romains sont nombreux.

Le champ de bataille de Yarmouk est un terrain relativement plat et dégagé, bordé toutefois de profondes ravines et de falaises vers le sud et l’ouest, là où la rivière Yarmouk s’écoule en direction de la mer Morte. Ces reliefs accidentés forment comme une barrière naturelle délimitant le champ de bataille. Les musulmans prennent soin d’adosser leur campement à ces ravins, ce qui les protège d’un encerclement par l’arrière. De plus, Khalid positionne son armée de manière à garder, sur son flanc nord, une voie de repli ouverte vers le plateau du Golan et al-Jâbiya en cas de défaite. Les Byzantins, eux, campent en face, s’interposant entre les musulmans et la route de Damas.

Les forces byzantines en présence

L’armée impériale aligne plus de 80 000/100 000 combattants selon les sources, dotés de l’armement le plus moderne de l’époque et entraînés aux dernières tactiques de combat romaines. Le dispositif byzantin est classique mais impressionnant par sa taille : il est divisé en trois corps principaux disposés le long du front, avec des réserves en arrière.

  • Aile droite (nord) : composée des régiments d’infanterie romains proprement dits (Grecs byzantins et Syriens hellénisés) – ces soldats d’élite ont tellement à cœur de ne pas reculer qu’on dit qu’ils se enchaînent entre eux par les chevilles pour maintenir leurs rangs coûte que coûte. L’aile droite est placée sous le commandement du général Grégoire, présenté comme le roi d’Ammouriyah (Amorium, en Asie Mineure).
  • Centre : on y trouve les contingents européens (notamment des troupes venues de Constantinople et de Grèce) et les contingents arméniens. Deux grands généraux se partagent le commandement du centre : d’une part Dairjân, un dignitaire de Constantinople, dirige les bataillons européens ; d’autre part Vahân, le roi d’Arménie, mène ses guerriers arméniens tout en assumant le rôle de commandant en chef de l’ensemble de l’armée coalisée.
  • Aile gauche (sud) : elle est formée des unités venues des peuples slaves et des lointaines contrées du nord (notés comme Rouss dans les chroniques arabes). Ces troupes, farouches et robustes, sont placées sous les ordres d’un chef barbare nommé Qanateer, qualifié de roi des Rus’.

En seconde ligne, l’armée byzantine a disposé des troupes montées et des réserves prêtes à exploiter la moindre brèche. Chaque segment du front (centre, aile droite, aile gauche) est appuyé par une cavalerie de réserve stationnée à l’arrière, prête à charger en soutien de l’infanterie. Enfin, sur tout le long du front, se trouve également un important contingent d’Arabes chrétiens : les guerriers du royaume ghassanide, menés par leur roi Jabala ibn al-Ayham. Ces derniers, étant de même culture et langue que l’ennemi, ont été répartis pour servir d’auxiliaires et sans doute pour haranguer les musulmans en arabe afin de saper leur moral au combat.

Les forces musulmanes en présence

Face à cette masse, l’armée musulmane ne compte qu’environ 36 000 combattants, un effectif modeste en comparaison. Ces troupes, cependant, sont des vétérans endurcis par des années de guerres en Arabie, en Irak et en Syrie. Leur moral est exalté par la foi et par les victoires précédentes. En termes d’armement, ils sont moins bien équipés individuellement que les Byzantins (davantage de cuirasses légères et de boucliers en cuir durci que de cottes de mailles intégrales), mais ils compensent par leur mobilité et leur ardeur guerrière. On compte parmi eux plusieurs milliers de cavaliers (les sources évoquent environ 6 000 à 10 000 cavaliers, soit près du quart de l’armée).

Khalid ibn al-Walid, désormais commandant suprême, procède à une réorganisation inédite de ses forces afin de maximiser son efficacité face à un ennemi supérieur en nombre. Plutôt que de garder la structure tribale ou régionale des contingents, il divise l’armée en divisions tactiques homogènes qu’il appelle korâdiss (pluriel de kurdus en arabe, littéralement « phalange » ou « carré »). Chaque kurdus est une unité d’environ 800 à 1000 hommes, combinant fantassins et quelques cavaliers d’appui. Ces phalanges sont ensuite groupées pour former les différentes parties du front musulman. Khalid innove ainsi en introduisant une véritable organisation en brigades dans l’armée islamique – une approche structurée que les Arabes bédouins, habitués aux combats en tribus, n’avaient encore jamais employée à cette échelle.

Le dispositif musulman sur le champ de bataille s’articule en quatre grands corps alignés face à l’ennemi, reflétant en partie l’origine des troupes qui ont convergé à Yarmouk :

  • Aile droite : confiée au stratège de Palestine, ‘Amr ibn al-‘Âs (qu’Allah l’agrée), avec ses hommes aguerris des campagnes d’Égypte et de Palestine.
  • Aile gauche : commandée par Yazid ibn Abi Soufyân (qu’Allah l’agrée), qui avait mené les sièges sur la côte.
  • Centre-droit : dirigé par Sharhabeel ibn Hasana (qu’Allah l’agrée), avec les troupes du district du Jourdain.
  • Centre-gauche : sous les ordres de Abou ‘Oubayda ibn al-Jarrâh (qu’Allah l’agrée) lui-même, à la tête des contingents de Damas et Homs.

Khalid garde auprès de lui sa propre garde mobile d’élite et supervise l’ensemble. Il place l’essentiel de la cavalerie musulmane en réserve à l’arrière du dispositif principal, tout en affectant des escadrons de cavaliers derrière chaque corps d’infanterie (aile droite, centre, aile gauche) prêts à intervenir rapidement là où on aura besoin de renfort. En tout, Khalid conserve ainsi environ 4 000 cavaliers sous la main comme force de frappe mobile, capables de galoper d’un bout à l’autre de la ligne pour colmater une brèche ou exploiter une opportunité. Le reste des cavaliers est réparti par petits groupes d’appui derrière chaque brigade d’infanterie.

Un aspect notable du camp musulman est la présence active des femmes musulmanes – les épouses et familles des combattants qui ont suivi l’armée. Sous la direction de femmes illustres (certaines sources mentionnent par exemple Hind bint ‘Utba, l’épouse d’Abou Soufyân, connue pour sa poigne), ces femmes ont été assignées à l’arrière du dispositif. Leur rôle, crucial pour le moral, sera de soutenir les troupes mais aussi de prévenir toute déroute : en cas de reflux de combattants musulmans fuyant le front, les femmes se sont préparées à les rabrouer fermement, allant jusqu’à brandir les pieux des tentes et à jeter des pierres sur ceux qui reculeraient, afin de les forcer à retourner au combat. Cette mesure, aussi sévère soit-elle, vise à s’assurer qu’aucun soldat ne rompe les rangs sous l’effet de la panique – une leçon apprise des défaites passées, comme à Ohod, où la panique avait causé de lourdes pertes.

Enfin, Khalid ibn al-Walid s’appuie sur un réseau de renseignement efficace tout au long de la bataille. Des éclaireurs montés parcourent sans cesse le champ de bataille pour observer les mouvements ennemis, tandis que des informateurs dans les environs transmettent toute information utile. Cette veille stratégique continue permettra aux musulmans de réagir rapidement aux manœuvres byzantines.

La veille de la bataille

Les préparatifs aboutissent finalement à la veille de l’affrontement. La nuit tombe sur les deux camps qui s’observent de part et d’autre de la plaine du Yarmouk. Ce soir-là – l’une des premières nuits du mois de rajab 15 A.H., correspondant au 2 août 636 – de grands feux de camp illuminent la steppe. Du côté byzantin, l’atmosphère est électrique. Des évêques et prêtres parcourent le camp impérial, célébrant des messes et exhortant les troupes à la vengeance et à la vaillance. Ils attisent le fanatisme de ces soldats chrétiens rassemblés de tous horizons, leur rappelant qu’ils livrent une guerre sacrée pour défendre la Croix face à l’Islam conquérant. On raconte que toute la nuit, ces religieux byzantins ont galvanisé les esprits, promettant le paradis à ceux qui tomberaient pour la cause de leur foi.

Dans le camp musulman, la nuit est tout aussi fervente mais dans un esprit différent. Les moudjahidines passent ces heures cruciales en prières surérogatoires, en méditation et en recitation du Coran. Beaucoup prient à voix haute, invoquant la victoire de l’Islam et la protection divine. Les vétérans rappellent aux plus jeunes l’honneur du djihad fi sabil Allah (combat dans le sentier de Dieu) et les mérites du martyr. On affûte une dernière fois les lames tout en murmurant des versets coraniques pour se donner courage. Les hommes se rappellent mutuellement que la victoire ne vient que d’Allah et que la mort en martyr les emmènera au paradis. Cette ferveur et cette unité de foi soudent encore davantage les rangs des croyants.

Ainsi, la nuit précédant la grande bataille de Yarmouk s’écoule, solennelle et déterminante. Des deux côtés, chacun se prépare à un affrontement total au petit matin. Cette bataille qui s’annonce sera l’une des plus grandes batailles de l’histoire de l’époque, un choc titanesque entre les armées de l’Islam et de la Croix. Chacun sait qu’au lever du soleil, le destin de la Syrie et peut-être de l’Empire byzantin se jouera sur ce champ de bataille.

Premier jour de la bataille de Yarmouk

Au matin du premier jour, le 15 août 636, le moment tant attendu arrive enfin. Comme nous l’avons décrit en introduction, l’armée byzantine s’est rangée en ordre de bataille et se tient prête à en découdre dès les premières lueurs. En face, l’armée musulmane occupe le terrain de manière inhabituelle, organisée en ces fameuses phalanges (korâdiss) arborant de hauts étendards colorés qui claquent au vent du lever du soleil. Le spectacle de ces nouvelles formations islamiques, combiné aux récits des précédentes victoires musulmanes et de leur clémence envers les peuples conquis, suscite méfiance et trouble dans le cœur de nombreux soldats byzantins. Néanmoins, fort de son immense supériorité numérique, le camp romain affiche encore une certaine assurance. Le général Mahân, en charge de l’armée impériale, observe l’ennemi en plissant les yeux, résolu à faire valoir l’écrasante puissance de ses légions.

Soudain, un mouvement attire l’attention : plusieurs cavaliers et chefs musulmans quittent les rangs, s’avançant seuls ou en petits groupes vers le no man’s land séparant les deux armées. Une clameur s’élève du côté musulman : il s’agit d’une invitation au duel, conformément aux traditions arabes. Khalid ibn al-Walid a en effet ordonné à certains de ses meilleurs hommes de provoquer les champions adverses en combat singulier, tactique qui vise à éprouver le moral de l’ennemi en lui infligeant d’emblée des pertes parmi ses héros. En face, quelques cavaliers byzantins, piqués au vif dans leur honneur, relèvent le gant et s’élancent l’un après l’autre. Ce sont pour la plupart des volontaires fougueux : officiers, nobles ou soldats d’élite désireux d’en découdre personnellement avec ces Arabes présomptueux.

Les premiers duels tournent rapidement à l’avantage des musulmans. Habitués aux combats singuliers depuis les guerres du Prophète, les champions arabes font preuve d’une agilité et d’une férocité remarquables. L’un après l’autre, les gladiateurs de l’armée impériale mordent la poussière sous les acclamations du camp musulman. ‘Abd al-Rahmân ibn Abî Bakr, fils du premier calife Abou Bakr, se distingue particulièrement : il pourfend coup sur coup cinq champions romains qui osent s’opposer à lui. D’autres duellistes musulmans triomphent également de leurs adversaires, démontrant une bravoure éclatante. En face, la stupéfaction gagne les lignes byzantines en voyant leurs fiers guerriers tomber ainsi. La série de duels s’étire toute la matinée, sous le soleil grandissant du désert. Chaque fois qu’un Byzantin est vaincu, un autre prend sa place pour défendre l’honneur de l’empire, mais la plupart subissent le même sort.

Il est presque midi lorsque Vahân, le général byzantin, se rend compte que cette phase de duels tourne à son désavantage. Non seulement il a perdu de nombreux officiers et soldats valeureux, mais il craint en plus que ces défaites répétées n’ébranlent le moral du reste de ses troupes avant même que la bataille générale ne commence. Il décide donc d’y mettre fin. Sur ses ordres, un clairon retentit du côté byzantin pour rappeler les combattants. Les champions romains restants renoncent à s’avancer davantage. Le défi des duels s’achève, à l’avantage net des musulmans.

Après une courte pause, le fracas sourd des tambours de guerre résonne soudain dans le camp byzantin : c’est le signal de l’attaque générale. Des centaines de tambours battent à l’unisson, couvrant les acclamations des soldats. L’immense armée romaine se met en mouvement, avançant lentement mais sûrement comme une marée humaine en armure. Vahân fait donner en premier son infanterie lourde. Les légionnaires byzantins des premiers rangs, boucliers levés et lances en avant, progressent en serrant les lignes. Sur l’aile droite byzantine, les soldats enchaînés entre eux avancent également, déterminés à ne pas reculer d’un pas. Des milliers de soldats marchent ainsi sur le camp musulman, soulevant un nuage de poussière sur la plaine aride.

De l’autre côté, Khalid ibn al-Walid observe calmement l’ennemi approcher. Il a ordonné à ses hommes de garder leurs positions et de ne surtout pas charger prématurément. Chaque soldat musulman s’arc-boute sur son bouclier, prêt à recevoir le choc. Archers et frondeurs prennent place aux avant-postes, en embuscade derrière de petits retranchements de fortune. Le plan de Khalid est d’user l’ennemi pendant sa progression avant de contre-attaquer. Les musulmans retiennent donc leur souffle alors que la masse byzantine se rapproche, inexorable.

Lorsqu’ils estiment l’ennemi à portée de tir, Khalid et ses officiers font signe aux archers d’ouvrir le feu. Une nuée de flèches noircit aussitôt le ciel, fondant sur les premières lignes romaines. Des volées de javelots et de flèches partent également des côtés, fauchant de nombreux soldats byzantins surpris en pleine marche. Ces tirs précis provoquent des trous dans les rangs avancés de l’ennemi et ralentissent un instant son élan. Des dizaines de soldats impériaux tombent, blessés ou tués, tandis que les autres lèvent leurs boucliers pour tenter de se protéger de cette grêle mortelle.

Cependant, l’élan de l’attaque byzantine n’est que brièvement freiné. Après quelques minutes, les commandants romains exhortent leurs hommes à reprendre l’avance. Bientôt, la masse compacte de l’infanterie impériale vient au contact des lignes musulmanes. Le fracas est épouvantable lorsque les deux fronts s’entrechoquent. Les musulmans des premiers rangs, après avoir décoché leurs dernières flèches à bout portant, jettent leurs arcs et empoignent leurs lances. Dans un même mouvement, ils lancent ces javelots meurtriers dans les rangs serrés en face d’eux, puis dégainent leurs épées en poussant le cri de « Allahou Akbar ! ». La mêlée s’engage sur toute la ligne, un combat au corps-à-corps impitoyable s’ensuit.

Le choc initial est rude mais les musulmans tiennent bon. Malgré la puissance de l’assaut romain, l’attaque ne parvient pas à enfoncer le dispositif musulman. En effet, beaucoup de soldats byzantins en première ligne sont de nouvelles recrues ou des mercenaires peu habitués aux combats d’une telle ampleur. En face d’eux, les combattants du califat sont des vétérans endurcis, motivés par la foi. Par ailleurs, l’équipement des Romains – casques, cuirasses métalliques, grands boucliers – bien que très protecteur, les alourdit dans leurs mouvements. Les musulmans, plus légèrement équipés, se déplacent avec rapidité et manœuvrent aisément au corps-à-corps, exploitant la moindre faille. Très vite, l’élan byzantin perd de sa vigueur. La violence et la détermination de la défense musulmane étonnent puis inquiètent les soldats impériaux, dont beaucoup pensaient que l’ennemi arabe céderait immédiatement face à un tel déploiement de force.

Au fil des minutes, le combat s’installe dans une certaine stabilité. Aucune des deux armées ne prend d’avantage décisif dans ce premier engagement. La ligne musulmane reste ferme et ne rompt pas, tandis que les Byzantins, malgré des pertes sensibles, tiennent également leur position sans reculer. L’intensité de la bataille reste modérée par endroits, chaque camp testant la force de l’autre dans ce premier jour. Les officiers byzantins choisissent de ne pas engager toutes leurs réserves tout de suite, échaudés par la résistance musulmane : ils n’envoient pas de renfort immédiat à leur infanterie de tête, craignant peut-être un piège. De leur côté, les musulmans, satisfaits d’avoir contenu l’attaque, s’en tiennent pour l’instant à leur posture défensive solide, suivant les ordres de Khalid de ne pas contre-attaquer prématurément.

Après quelques heures de ces combats acharnés mais indécis, la nuit approche et les deux camps commencent à ralentir leurs offensives. Finalement, sur un signal convenu, les trompettes byzantines sonnent la retraite pour ce jour : Vahân préfère interrompre l’engagement avant la tombée de la nuit, afin de ne pas risquer un désordre dans l’obscurité. Les troupes impériales se désengagent prudemment et retournent vers leur camp. Les musulmans, épuisés mais exaltés, font de même de leur côté. Le premier jour de la bataille de Yarmouk prend fin ainsi, sans victoire claire d’un côté ni de l’autre, mais avec un léger avantage moral pour les musulmans. Leurs pertes durant ce jour initial sont faibles, tandis que les Byzantins ont laissé sur le terrain davantage de morts et de blessés, que ce soit dans les duels matinaux ou dans l’assaut de midi.

La nuit suivante, un calme relatif règne de nouveau sur la plaine de Yarmouk. Dans le camp musulman, on s’empresse de panser les blessures des combattants. Les veuves et les femmes présentes aident à soigner les blessés, apportent de l’eau et encouragent les hommes pour la journée suivante. Elles haranguent ceux qui auraient pu douter : chacune de leurs paroles redonne courage aux guerriers éprouvés. Forts d’avoir tenu tête à la première vague romaine et d’avoir infligé plus de dommages qu’ils n’en ont subi, les musulmans regagnent en confiance. On loue Allah pour cette première journée prometteuse, puis de nombreuses voix s’élèvent de nouveau dans la nuit pour réciter des prières et des versets du Coran. Les musulmans invoquent la poursuite de l’aide divine pour le lendemain.

Dans le camp byzantin, l’atmosphère est plus morose. Vahân est préoccupé : son plan initial n’a pas donné les résultats escomptés. Rien n’a été gagné le premier jour, et il a au contraire pu constater la pugnacité de l’ennemi. Furieux et inquiet, le général byzantin réunit son conseil de guerre dans sa tente. Il décide de modifier sa stratégie pour le lendemain. Puisque l’attaque frontale classique a été contenue, il prévoit cette fois de concentrer l’effort sur les flancs de l’armée musulmane. Son idée est d’enfoncer les ailes droite et gauche adverses, afin de déborder les musulmans par les côtés et de semer la panique dans leurs rangs. Si les ailes cèdent, le centre musulman s’effondrera de lui-même, pense Vahân. Il ordonne donc aux commandants des ailes byzantines de se tenir prêts à charger dès l’aube avec des effectifs renforcés, pendant que le centre maintiendra la pression sans bouger.

Pour maximiser l’effet de surprise, Vahân donne l’ordre audacieux de préparer l’assaut dans l’obscurité totale de la fin de nuit. Toute la nuit, des messagers circulent discrètement pour repositionner certains bataillons. Des unités fraîches sont amenées sur les ailes, prêtes à fondre sur les extrémités de la ligne musulmane avant que celle-ci ne puisse réagir. Les troupes byzantines se mettent en mouvement silencieusement dans l’obscurité, profitant de ce que le terrain les dissimule en partie aux yeux des veilleurs ennemis. L’objectif de Vahân est clair : frapper avant l’aube, à l’heure où les musulmans seront au repos ou en prière, afin de créer la confusion dans leur camp.

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Deuxième jour : l’offensive surprise à l’aube

Aux premières lueurs du deuxième jour de bataille, une attaque foudroyante se déclenche côté byzantin. Avant même que le soleil ne soit levé, alors que l’aube grise pointe à peine à l’horizon, les tambours romains retentissent soudain à nouveau, cette fois-ci de façon précipitée. Beaucoup de musulmans, croyant à une simple démonstration sonore, sont en réalité occupés à accomplir la prière de fajr (prière de l’aube). Mais très vite, des cris d’alarme éclatent : la masse des soldats byzantins s’élance hors de son camp dans la pénombre !

En un instant, l’alerte gagne tout le camp musulman. Des éclaireurs à cheval galopent depuis les avant-postes jusqu’à la tente de Khalid ibn al-Walid pour le prévenir : l’ennemi attaque de manière inattendue. Khalid, surpris par cette manœuvre osée, monte aussitôt sur son cheval et ordonne de sonner l’alarme générale. On entend alors dans le camp musulman les appels pressants : « Il est temps de combattre, pour Allah, en positions ! » Les soldats, certains encore en train de prier, d’autres à peine réveillés, attrapent en hâte leurs armes et courent vers leurs postes. La situation est chaotique : l’assaut éclair byzantin a pris les musulmans au dépourvu, et les rangs sont encore en train de se former tandis que l’ennemi fond déjà sur eux.

Les tambours impériaux ne cessent de battre frénétiquement, couvrant les clameurs de l’assaut. On distingue désormais les silhouettes des masses byzantines qui chargent en direction des ailes musulmanes. Partout, les officiers du califat tentent de rallier leurs hommes pour reformer tant bien que mal les lignes de défense avant l’impact. Khalid, du haut de son cheval, hurle des ordres pour rétablir la cohésion, tandis qu’à l’arrière, les femmes élèvent la voix en invectivant quiconque tenterait de fuir. Mais l’effet de surprise est réel : les musulmans sont bousculés, beaucoup n’ont pas eu le temps de se positionner correctement.

Dans ces instants critiques, tout semble pencher en faveur de l’attaque byzantine. Pas de doute : l’armée musulmane vient d’être surprise dans un moment de vulnérabilité, et le péril est immense. Serait-ce là le début de la déroute pour les croyants ? La légendaire invincibilité de Khalid ibn al-Walid va-t-elle trouver son terme sur le champ de bataille de Yarmouk ? Le plan audacieux de Mahân pour faire plier les ailes musulmanes va-t-il réussir et offrir la victoire à Byzance ?


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Après un premier jour de combat marqué par des duels et des escarmouches sans vainqueur clair, la bataille du Yarmouk entre l’armée byzantine et les forces musulmanes du califat rashidun entre dans sa phase la plus critique. Ce qui suit retrace le déroulement du deuxième au sixième jour de cette bataille décisive d’août 636. Les deux camps, l’un fort de dizaines de milliers de Byzantins (Grecs, Arméniens, Slaves, Arabes chrétiens, etc.) et l’autre comptant quelques dizaines de milliers de musulmans menés par Khâlid ibn al-Walîd, vont livrer une série d’engagements acharnés sur six journées consécutives.

Deuxième jour : l’offensive surprise à l’aube

À l’aube du deuxième jour, le général byzantin Vahan (Maḥān dans certaines sources) lance une attaque surprise massive avant le lever du soleil. Profitant de l’heure de la prière musulmane, les Byzantins espèrent prendre l’ennemi de court. Les troupes impériales fondent soudainement sur les deux ailes du dispositif musulman, forçant l’aile droite commandée par Amr ibn al-As et l’aile gauche sous Yazid ibn Abî Sufyân à reculer sous la pression initiale. Les avant-postes mis en place par Khâlid parviennent toutefois à ralentir l’assaut suffisamment pour que le gros des forces musulmanes se forme en ligne de bataille.

Le choc est violent : submergées par le surnombre, les deux ailes musulmanes plient et beaucoup de combattants refluent en désordre vers le camp. La panique gagne un instant les rangs musulmans, notamment sur l’aile gauche où les fantassins byzantins enchaînés de l’armée de Grégoire (un des commandants adverses) avancent en masse. Voyant leurs hommes reculer, les femmes musulmanes du camp interviennent de façon inédite : brandissant des piquets de tente et d’autres armes improvisées, elles affrontent même leurs propres maris en fuite, les couvrant de reproches et de quolibets. Cette scène bouleversante, où les épouses jettent des pierres et invectivent les fuyards, rameute l’orgueil des guerriers musulmans qui font demi-tour pour retourner au combat. Cet épisode galvanise l’armée islamique et évite une déroute imminente.

Entre-temps, Khâlid ibn al-Walîd réagit avec brio. Sur l’aile droite, il dépêche rapidement une partie de sa cavalerie de réserve – sa garde mobile – pour soutenir le front de Amr ibn al-As. Ces renforts, combinés à une contre-attaque coordonnée de l’infanterie, stabilisent la situation sur ce flanc. Aussitôt l’aile droite sécurisée, Khâlid galope vers l’aile gauche où la situation reste critique face aux Byzantins de Grégoire. Il mène alors une charge de flanc sur les formations byzantines lourdement cuirassées, tandis qu’une unité d’élite musulmane conduite par Dhirâr ibn al-Azwar s’infiltre audacieusement entre les rangs ennemis. Au cours de cette action, l’un des principaux chefs byzantins, le général Dairjân (commandant du centre byzantin), est tué, ce qui sème le trouble chez les Romains. Pris de flanc et menacés d’encerclement, les Byzantins cèdent du terrain. Leur retraite est rendue chaotique par une tactique infortunée : de nombreux fantassins de Grégoire étaient enchaînés les uns aux autres pour ne pas rompre les rangs, ce qui ralentit leur repli et entraîne de lourdes pertes lorsqu’ils doivent reculer en ordre dispersé.

Au coucher du soleil, le deuxième jour de bataille s’achève sur un échec byzantin. Les deux armées retournent à leurs camps respectifs. Les pertes subies ce jour-là sont significatives, surtout du côté byzantin où des milliers de soldats gisent hors de combat. L’armée impériale a perdu de nombreux hommes (y compris un commandant important), tandis que les musulmans comptent relativement moins de pertes grâce à leur ténacité défensive. Pour les Byzantins, la déception est grande d’avoir échoué si près du but – leurs commandants pensaient avoir frôlé la percée – et le moral s’en ressent. À l’inverse, les musulmans, bien que épuisés, reprennent confiance : ils ont tenu bon face à l’attaque massive et infligé davantage de pertes qu’ils n’en ont subi. Khâlid ibn al-Walîd profite de la nuit pour resserrer ses dispositifs et préparer la suite, conscient que l’ennemi tentera de nouveau de briser ses lignes.

Troisième jour : l’assaut renouvelé sur l’aile droite musulmane

Le troisième jour, déterminé à faire pencher la balance, Vahan choisit de concentrer l’effort principal sur l’aile droite des musulmans. Constatant la relative vulnérabilité de ce secteur la veille (terrain plus ouvert, retraites temporaires de l’aile de `Amr), il masse une large portion de ses forces – notamment les contingents slaves et « Rûm » menés par un certain Qanâtîr (un chef d’origine rus’ selon les chroniques) – face à la droite musulmane. L’aile gauche byzantine ainsi renforcée se prépare à enfoncer le flanc droit de l’armée de Khâlid, tandis que le reste des troupes impériales maintient la pression au centre et sur l’autre aile de façon plus modérée.

Dès la fin de matinée, les Byzantins passent à l’offensive. Leur infanterie lourde avance en masse, appuyée par des unités montées, et vient frapper violemment le corps de Amr ibn al-As (flanc droit musulman) ainsi que la division voisine commandée par Shurahbîl ibn Ḥasana (au centre-droit). D’abord, les musulmans résistent avec acharnement, repoussant plusieurs assauts frontaux. Mais la supériorité numérique byzantine commence à se faire sentir : sous le poids du nombre, les lignes de `Amr fléchissent et reculent progressivement. Au cœur de la journée, une partie de l’aile droite musulmane finit par céder du terrain de façon critique, ouvrant une brèche dans laquelle s’engouffrent les troupes de Qanâtîr. Simultanément, le front de Shurahbîl est ébranlé par les assauts redoublés d’une division arménienne menée par le général byzantin Vahan lui-même (d’origine arménienne), épaulé par les cavaliers arabes chrétiens de Jabala ibn al-Ayham. La situation devient périlleuse : plusieurs unités musulmanes sont sur le point d’être débordées, menaçant l’ensemble du dispositif.

Face à ce danger, Khâlid ibn al-Walîd intervient une nouvelle fois avec ses réserves. Gardant son sang-froid légendaire, il ordonne à la cavalerie disponible de contourner discrètement le flanc extrême droit. Pendant que les guerriers de Shurahbîl s’accrochent pour ralentir l’avance arménienne, Khâlid lance une contre-attaque fulgurante depuis l’extérieur du champ de bataille. Ses cavaliers viennent frapper sur le flanc et l’arrière des troupes de Qanâtîr, prises d’un coup en tenaille. Dans le même temps, la cavalerie légère de Amr ibn al-As, qui s’était repliée, revient aussi à la charge sur l’aile byzantine, coordonnant son action avec Khâlid. Surpris par cette manœuvre, les Byzantins voient leur offensive brusquement stoppée : craignant d’être encerclés, ils doivent reculer pour se réorganiser. L’infanterie musulmane profite de ce répit pour reprendre ses positions perdues. Peu à peu, l’aile droite rashidun se raffermit et reprend confiance.

Au bout de plusieurs heures de combat intense, l’assaut byzantin du troisième jour est finalement contenu, puis repoussé. À la tombée du soir, Vahan se résout à interrompre l’offensive. Les Byzantins se retirent sur leurs lignes initiales, laissant derrière eux un champ jonché de morts et de blessés. Cette troisième journée a été la plus rude jusqu’à présent : les pertes musulmanes y sont plus élevées que les jours précédents, tant la pression ennemie fut forte. Néanmoins, l’armée byzantine a de nouveau échoué à percer et a subi des pertes encore plus lourdes, entamant sérieusement son potentiel offensif. Durant la nuit, l’atmosphère est morose dans le camp impérial : la lassitude et le doute commencent à gagner les esprits après trois attaques infructueuses. Dans le camp musulman, au contraire, on panse les plaies avec une ardeur nouvelle – chaque tentative repoussée renforce la détermination de combattre jusqu’au bout. Khâlid fait redistribuer ses quelques réserves fraîches (environ 2 000 hommes encore indemnes) en les répartissant équitablement sur les quatre corps de son armée (renforçant notamment l’aile droite éprouvée), afin de préparer la journée suivante.

Quatrième jour : la percée manquée des Byzantins et le sacrifice d’Ikrima

Le quatrième jour de bataille est marqué par l’effort le plus désespéré de l’armée byzantine. Conscient que le temps joue contre lui – les renforts musulmans pourraient arriver alors que ses propres forces s’épuisent – Vahan décide de jeter toutes ses forces disponibles dans la balance. Son plan, encore une fois, est de porter un coup décisif à la moitié droite de l’armée musulmane (secteurs de `Amr et Shurahbîl). Si ce pan du dispositif ennemi s’effondre, il espère tourner ensuite toute son armée contre la gauche musulmane. À l’aube, les Byzantins déclenchent donc une nouvelle offensive massive. Malgré leurs pertes des jours précédents, ils disposent encore de troupes nombreuses, notamment les unités arméniennes et géorgiennes, ainsi que la cavalerie lourde impériale.

L’attaque byzantine s’abat violemment sur les positions de Shurahbîl ibn Ḥasana, au centre droit musulman. Les unités arméniennes de l’aile gauche byzantine, appuyées par les Arabes chrétiens de Jabala, parviennent cette fois à enfoncer le front de Shurahbîl après des heures de combat acharné. Des centaines de musulmans tombent sous le choc et l’ennemi ouvre une brèche béante au centre du dispositif rashidun. Malgré les efforts héroïques de Shurahbîl et de ses hommes, la percée byzantine s’élargit : l’effondrement total du front droit musulman semble imminent. Sur l’autre flanc, Amr ibn al-As résiste mieux, mais son aile est également contrainte à un recul graduel pour éviter d’être débordée.

C’est alors qu’un épisode dramatique va empêcher l’anéantissement des forces musulmanes. **Ikrima ibn Abî Jahl**, un vétéran compagnon du Prophète, prend la tête d’un détachement de **400 cavaliers volontaires** qui jurent de combattre jusqu’à la mort. Voyant le danger mortel qui pèse sur l’armée islamique, Ikrima s’élance dans une charge-suicide contre les avant-gardes byzantines qui exploitent la brèche. Ses 400 cavaliers se ruent comme une tempête sur l’ennemi, surprenant l’infanterie impériale en plein élan de poursuite. Ce sacrifice héroïque ralentit net l’avancée byzantine : frappés de plein fouet, les premiers rangs romains vacillent et s’arrêtent pour affronter ces assaillants fanatiques. Ikrima et ses hommes se battent avec l’énergie du désespoir, infligeant des pertes disproportionnées à l’ennemi et couvrant ainsi la retraite et la réorganisation des troupes musulmanes derrière eux:contentReference[oaicite:13]{index=13}. Un à un, ces 400 combattants tombent au champ d’honneur sous le nombre. Ikrima lui-même est mortellement blessé au cours de cet engagement et décédera de ses blessures plus tard dans la journée. Néanmoins, leur action désespérée a sauvé l’armée : ils ont donné à Khâlid ibn al-Walîd le temps de réagir pour colmater la brèche.

Profitant de cet instant critique mais précieux, Khâlid réorganise ses forces pour un contre-coup décisif. Il ordonne à deux de ses lieutenants d’attaquer simultanément les troupes arméniennes en pointe : Qays ibn Hubayra attaque par la gauche tandis que Khâlid lui-même mène une charge par la droite, prenant l’ennemi en étau. En parallèle, les corps de Shurahbîl et d’Abu `Ubayda ibn al-Jarrâh (au centre et à gauche du dispositif musulman) passent à l’offensive frontale pour refouler les Byzantins. S’ensuit un combat acharné, au corps-à-corps, où chaque camp subit de terribles pertes. Finalement, après des heures de mêlée sanglante, la poussée byzantine est enrayée : les Arméniens de Vahan, décimés, doivent battre en retraite sur leurs positions initiales. Les musulmans, épuisés mais grisés par ce retournement, harcèlent l’ennemi en retraite et le contraignent à abandonner de nombreux cadavres sur le terrain.

Le soir du quatrième jour, la bataille reste indécise, mais l’élan offensif byzantin est brisé. Le champ de bataille offre un spectacle terrible : des monceaux de tués et de blessés couvrent le sol, en particulier du côté byzantin où les pertes de cette journée sont immenses. Les unités impériales les plus aguerries – fantassins enchaînés, Arméniens, cavaliers arabes chrétiens – ont été saignées à blanc. Les musulmans ont également payé un prix élevé, perdant bien plus d’hommes que les jours précédents, et nombreux sont les blessés dans leurs rangs. Mais psychologiquement, l’armée rashidun sent que le pire est passé : elle a tenu bon contre l’assaut le plus furieux de l’ennemi. Khâlid ibn al-Walîd lui-même est fier de ses hommes et persuadé que la victoire est à portée. Dans le camp byzantin, au contraire, c’est la consternation : quatre jours d’attaques acharnées ont échoué à faire plier la « muraille humaine » musulmane, et l’armée impériale est saignée et découragée.

Cinquième jour : la fausse trêve et la préparation de l’offensive musulmane

Le cinquième jour, un silence étrange plane sur le champ de bataille. Après les carnages de la veille, aucun des deux camps ne prend l’initiative immédiatement. Les armées se font face en reprenant leurs déploiements, mais les soldats, harassés, hésitent à engager le combat. Du côté byzantin, Vahan réalise qu’il n’a pas réussi à briser les musulmans et que ses forces sont au bord de l’épuisement. Cherchant à gagner du temps, il envoie dans la matinée un émissaire vers le camp musulman pour proposer une trêve de quelques jours. L’idée est de suspendre les hostilités temporairement – officiellement pour enterrer les morts et soigner les blessés – dans l’espoir de recevoir entre-temps des renforts ou de trouver une autre issue.

Le commandement musulman délibère : Abu `Ubayda serait enclin à accepter le répit, par piété et souci humanitaire. Cependant, Khâlid ibn al-Walîd s’y oppose farouchement. Il perçoit la manœuvre dilatoire de Vahan et ne veut surtout pas laisser aux Byzantins le temps de se ressaisir. Khâlid estime au contraire que l’ennemi est maintenant au plus bas de son moral et de ses forces, et qu’il faut en profiter sans tarder. Il convainc les autres émirs musulmans de refuser la trêve : « nous sommes pressés d’en finir », fait-il répondre à l’émissaire byzantin. La proposition de cessez-le-feu est donc rejetée et chaque camp se prépare à reprendre les combats.

Toutefois, cette journée du cinquième jour s’écoule sans bataille majeure. Aucune offensive d’ampleur n’est lancée ni d’un côté ni de l’autre. Il s’agit en réalité d’un moment de répit relatif, que Khâlid met à profit pour planifier son coup décisif. Jusqu’ici, les musulmans sont restés sur la défensive, repoussant les attaques successives. Khâlid décide qu’il est temps d’inverser les rôles : dès le lendemain, les forces de l’islam passeront à l’attaque générale. Toute la nuit, il s’affaire donc à réorganiser son dispositif en secret. Il rassemble discrètement toute sa cavalerie disponible (environ 8 000 cavaliers encore opérationnels) et la redéploie massivement sur son flanc droit, derrière les troupes de Amr ibn al. C’est un changement tactique majeur : au lieu de répartir équitablement la cavalerie aux deux ailes comme les jours précédents, Khâlid la concentre en un seul choc. Son projet est audacieux et risqué, mais il compte sur la surprise : les Byzantins, affaiblis et en manque d’initiative, ne s’attendront pas à une offensive soudaine des musulmans, encore moins à une attaque de flanc de grande envergure. En parallèle, Khâlid poste un détachement léger de 500 cavaliers menés par Dhirâr ibn al-Azwar à l’arrière du champ de bataille, en embuscade derrière les collines et ravins du côté ouest. Leur mission sera d’empêcher toute retraite byzantine en coupant les voies de fuite vers la vallée du Yarmouk. Ainsi, au soir du cinquième jour, le plan est en place : le lendemain, l’armée rashidun tentera le tout pour le tout afin d’anéantir l’armée impériale ou de la mettre en déroute définitive.

Sixième jour : la manœuvre finale de Khâlid et la victoire décisive

Le dernier jour de la bataille du Yarmouk s’ouvre sur un ciel clair, le 20 août 636. Aux premières lueurs du jour, un dernier échange protocolaire survient : Grégoire, le commandant byzantin de l’aile droite (ces troupes enchaînées lourdement armées), s’avance à cheval et provoque les musulmans en duel singulier. Khâlid souhaite l’affronter, mais Abu Ubayda ibn al-Jarrâh insiste pour relever le défi. Contre l’avis de Khâlid, Abu Ubayda sort des rangs et rencontre Grégoire en terrain neutre. S’ensuit un duel acharné sous le regard tendu des deux armées. Finalement, Abu `Ubayda blesse grièvement Grégoire, qui tente de fuir vers ses lignes. Le vétéran musulman le pourchasse et, d’un coup d’épée bien placé, l’abat. La mort de ce chef byzantin en plein combat singulier soulève les acclamations du côté musulman et provoque le choc chez les Byzantins. C’est le présage de ce qui va suivre : Khâlid donne immédiatement le signal de l’attaque générale.

Les musulmans passent à l’offensive sur toute la ligne. Le front islamique, jusqu’alors défensif, se mue en un déferlement soudain : les fantassins de chaque corps avancent et engagent frontalement les Byzantins, tandis que la cavalerie demeure temporairement en retrait du côté droit, prête à exécuter le plan de Khâlid. Surpris par cette audace, les Byzantins tentent de tenir leurs positions. Un violent corps-à-corps s’engage tout le long du front. Au centre et sur l’aile droite byzantine (faisant face à Abu `Ubayda et Yazîd ibn Abî Sufyân), les troupes impériales parviennent à contenir l’avancée musulmane pendant un temps, bien que l’impact moral de la perte de Grégoire se fasse sentir. Vahan, positionné à l’arrière, surveille particulièrement son aile gauche, là où il a massé la majeure partie de la cavalerie byzantine. C’est alors qu’il aperçoit un immense nuage de poussière s’élevant à l’extrême gauche de son dispositif, au nord. Brusquement, la masse de cavalerie musulmane apparaît, débouchant sur son flanc gauche en colonne compacte – Khâlid vient d’exécuter sa manœuvre tant préparée.

En un éclair, les 8 000 cavaliers arabes de Khâlid débordent l’aile gauche byzantine. Ils foncent sur les formations de Qanâtîr (le contingent slave/roum) par le flanc et l’arrière. Cette charge de cavalerie de grande envergure s’abat comme la foudre sur un ennemi épuisé et abasourdi. Les cohortes byzantines, prises de panique, commencent à se disloquer : l’aile gauche impériale s’effondre rapidement sous ce choc imprévu. Vahan tente de réagir en envoyant précipitamment sa propre cavalerie lourde en renfort pour contrer Khâlid, mais il est trop tard. La moitié de la cavalerie byzantine, initialement postée à droite, est trop éloignée pour intervenir efficacement, tandis que les unités de cavalerie restées à gauche se font culbuter par les Arabes plus mobiles. Les cavaliers byzantins survivants, réalisant la catastrophe en cours, tournent bride et fuient vers le nord sans demander leur reste. Vahan lui-même prend la fuite (selon certaines sources, il aurait péri pendant la bataille, selon d’autres il aurait survécu et fini ses jours dans un monastère).

Désormais, l’infanterie byzantine se retrouve isolée et encerclée. Tandis que Khâlid et sa cavalerie sabrent les derniers cavaliers ennemis et reviennent fondre sur l’arrière du gros des troupes impériales, les fantassins musulmans redoublent leur offensive frontale. Les Byzantins, pris en tenaille, cèdent de toute part. Leur seule échappatoire théorique serait de battre en retraite vers l’ouest, mais Khâlid avait anticipé cela : les gorges abruptes de la vallée du Yarmouk, derrière les lignes byzantines, sont désormais tenues par le détachement de Dhirâr ibn al-Azwar. Toute tentative de fuite se heurte à ces ravins profonds et aux cavaliers embusqués qui en contrôlent les issues. Désespérés, des milliers de Byzantins cherchent tout de même à s’échapper par ce terrain accidenté : beaucoup tombent des falaises et se tuent en chutant, d’autres se noient dans le fleuve Yarmouk en contrebas. La plupart, cependant, sont rattrapés sur le plateau par les forces musulmanes qui referment l’étau.

En milieu d’après-midi, la bataille tourne au massacre généralisé. Les soldats byzantins, épuisés et sans commandement, tentent de se rendre ou de fuir, mais les musulmans – enivrés par la perspective d’une victoire totale et vengeant quatre jours de combats acharnés – ne font pas de quartier. Khâlid ibn al-Walîd et les autres généraux rashidun mènent eux-mêmes l’assaut final au milieu de leurs hommes. Les archers et frondeurs musulmans abattent les fuyards, tandis que la cavalerie arabe fauche les fantassins en déroute ou les pousse vers les précipices. Les ravins se remplissent de corps : c’est une hécatombe. Lorsque le soleil se couche enfin sur le sixième jour de combat, la grande armée byzantine a cessé d’exister en tant que force organisée. La plaine de Yarmouk est couverte de cadavres, et les quelques survivants dispersés s’enfuient dans toutes les directions (vers Damas, Césarée, Antioche ou Jérusalem) pour échapper à la mort. La bataille du Yarmouk s’achève ainsi par une victoire éclatante et décisive des troupes musulmanes.

Conclusion et bilan de la bataille

La bataille du Yarmouk, livrée sur six jours, s’impose comme l’une des confrontations les plus décisives de l’Histoire militaire. Sur le plan tactique, Khâlid ibn al-Walîd a fait preuve d’un génie maniable en défense comme en attaque : il a contenu méthodiquement toutes les offensives adverses en manœuvrant habilement ses réserves, puis a su porter l’estocade finale grâce à une audacieuse manœuvre de cavalerie le dernier jour. Les historiens notent d’ailleurs que cette manœuvre finale – concentration soudaine de toute la cavalerie et enveloppement du flanc ennemi – fut le miroir à petite échelle du plan stratégique qu’Héraclius avait imaginé pour vaincre les musulmans (convergence de forces et encerclement), illustrant l’ironie du sort. L’issue de Yarmouk a scellé le sort du Levant : l’Empire byzantin perd la Syrie après sept siècles de domination romaine. Dans les mois qui suivent, les musulmans conquièrent Damas, puis toute la Palestine et la majeure partie de l’Anatolie méridionale. La route de l’Égypte s’ouvre également à eux. Cette victoire ouvre ainsi la voie à la première grande vague des conquêtes arabes islamiques au dehors de la péninsule arabique.

Le bilan humain de Yarmouk est difficile à établir précisément, mais les chroniques arabes médiévales avancent des chiffres éloquents : environ 3 000 martyrs du côté musulman, contre 70 000 soldats byzantins tués (voire jusqu’à 120 000 selon certaines estimations). Ces nombres élevés reflètent l’ampleur du désastre subi par l’empire : l’armée impériale d’Orient, pourtant l’une des plus puissantes du monde à l’époque, fut pratiquement annihilée sur les rives du Yarmouk. Des sources modernes estiment plus prudemment les pertes byzantines aux alentours de 40 à 50 000 hommes, ce qui reste considérable. Quoi qu’il en soit, Yarmouk fut une catastrophe militaire sans précédent pour Byzance au Proche-Orient. L’empereur Héraclius, depuis Antioche puis Constantinople, aurait prononcé des adieux amers à la Syrie qu’il ne pouvait plus défendre et se serait replié sur l’Anatolie et l’Égypte encore sous contrôle byzantin.

En définitive, la bataille du Yarmouk est souvent considérée comme un tournant majeur, non seulement pour les conquêtes musulmanes, mais pour l’histoire mondiale. La victoire de Khâlid ibn al-Walîd – qualifié depuis de « Sabre d’Allah » – face aux Byzantins a non seulement assuré la domination musulmane sur la Syrie et le Levant, mais elle a aussi marqué le début du déclin de l’empire byzantin en Orient. Des historiens soulignent que si les Byzantins avaient remporté Yarmouk, le visage du monde s’en serait trouvé radicalement changé. Or, par son génie tactique et la foi ardente de ses troupes, Khâlid a remporté à Yarmouk l’une des victoires les plus décisives de l’histoire – une victoire qui a ouvert un nouveau chapitre de la civilisation au Proche-Orient et scellé le triomphe durable de l’Islam dans la région.

Sources : chroniques historiques et travaux modernes sur la bataille du Yarmouk


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