Islam en France : l’enracinement ne se fera ni par l’ethnie ni par l’illusion identitaire

Depuis plusieurs décennies, une question traverse certains musulmans de France : l’islam peut-il réellement s’enraciner dans cette terre, ou restera-t-il à jamais perçu comme un corps étranger ? Cette interrogation est légitime. Elle naît d’un constat douloureux : islam constamment suspecté, musulmans sommés de se justifier, transmission religieuse fragilisée, jeunesse tiraillée.

Face à cette situation, certaines thèses émergent. Parmi elles, l’idée selon laquelle seuls des convertis “de souche”, sur la Sunnah et se reproduisant entre eux sur plusieurs générations, permettraient enfin au peuple français de rencontrer véritablement le message de l’islam.

Cette thèse mérite d’être examinée — non pour être caricaturée, mais pour être évaluée à la lumière de l’islam lui-même, de l’histoire et du réel.


1. Une intuition compréhensible : l’enracinement et la transmission

Il faut commencer par reconnaître ce que cette vision exprime de juste.

Beaucoup ressentent que l’islam en France :

  • est perçu comme importé,
  • dépendant de cultures étrangères,
  • fragilisé par des influences politiques extérieures,
  • exposé à des concessions doctrinales au nom de l’intégration.

L’idée d’un islam pleinement assumé par des Français, parlant la langue du pays, connaissant son histoire, capables de transmettre la foi sur plusieurs générations, est une aspiration légitime.

L’islam n’est pas une religion de passage. Il vise :

  • la durée,
  • la transmission familiale,
  • la stabilité sociale.

Sur ce point, la question posée est sérieuse.

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2. L’erreur majeure : confondre enracinement et fermeture

Là où la thèse devient problématique, c’est lorsqu’elle identifie l’enracinement à :

  • une origine ethnique précise,
  • une séparation entre musulmans,
  • une reproduction endogame des convertis.

Or, l’islam ne s’est jamais enraciné dans un peuple par l’exclusion.

Ni en Andalousie,
ni en Afrique du Nord,
ni en Perse,
ni en Anatolie,
ni en Afrique subsaharienne.

Partout, l’islam s’est implanté par :

  • la prédication,
  • les mariages croisés,
  • la mixité sociale,
  • l’intégration progressive des peuples,
  • et surtout l’unité de la Umma au-delà des origines.

Introduire l’idée de « dynasties de convertis » fermées revient à importer dans l’islam une logique étrangère : celle de la pureté sociale ou culturelle, que l’islam est précisément venu abolir.

Le Prophète ﷺ a été explicite :

« Allah n’a pas regardé vos lignées ni vos couleurs, mais vos cœurs et vos œuvres. »

3. Une hiérarchisation implicite dangereuse

Cette vision crée, même involontairement, une hiérarchie :

  • musulmans “idéaux” (convertis de souche),
  • musulmans tolérés (issus de l’immigration),
  • cultures jugées compatibles ou non.

Or cela produit :

  • une fracture inutile,
  • un soupçon permanent,
  • une division interne qui affaiblit l’ensemble.

L’islam en France n’est pas né hier.
Il existe déjà :

  • des familles musulmanes françaises sur plusieurs générations,
  • des savants,
  • des imams,
  • des éducateurs,
  • des martyrs sociaux de la dignité.

Le problème n’est pas l’origine des musulmans, mais la crise globale de la transmission religieuse, qui touche tous les profils.

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4. Les limites réelles du rôle des convertis

Les convertis ont un rôle essentiel, évidemment :

  • ils sont des ponts culturels,
  • des témoins,
  • des éclaireurs,
  • parfois des réveilleurs de conscience.

Mais ils ne peuvent pas, à eux seuls :

  • porter la transmission massive,
  • fonder une continuité démographique suffisante,
  • remplacer l’ensemble du tissu musulman existant.

Historiquement, aucune religion ne s’est enracinée durablement par les seuls convertis, mais par :

  • leurs enfants,
  • puis par l’adhésion progressive de la société,
  • dans un cadre collectif et non élitiste.

En France, l’enracinement durable de l’islam ne pourra venir — et c’est un constat factuel — qu’en grande partie des musulmans issus de familles musulmanes, souvent maghrébines et africaines (car ils représentent la très grande majorité des Musulmans). Par la transmission familiale, une islamité vécue au quotidien, sérieuse et authentique, des connaissances religieuses solides et des comportements conformes à l’éthique islamique, ils portent déjà, de fait, une responsabilité centrale dans la continuité et la crédibilité de l’islam, à l’opposé des dérives et des déviances qui lui sont injustement associées.


5. Le véritable enjeu : un islam français, pas un islam ethnique

La vraie question n’est pas :

« Qui est de souche ? »

Mais :

Qui transmet fidèlement l’islam, sans compromis sur le dogme et sans rupture avec le réel ?

L’enracinement authentique de l’islam en France passera par :

  • une orthodoxie claire (aqida, fiqh, éthique),
  • une langue française maîtrisée,
  • une connaissance de l’histoire du pays,
  • des institutions musulmanes autonomes,
  • des Paroles Musulmanes savantes et sages,
  • une unité réelle entre musulmans, quelles que soient leurs origines.

Un islam français par son contexte,
mais universel par sa vérité.

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Conclusion : l’avenir ne se construira pas contre la Umma

Opposer convertis et musulmans de naissance,
imaginer des lignées fermées,
ou conditionner la légitimité religieuse à l’origine,

ce n’est pas préparer l’avenir de l’islam en France —
c’est l’affaiblir. Prétendre fonder l’avenir de l’islam en France uniquement sur les convertis, c’est ignorer une réalité sociologique : sans l’appui du tissu des familles musulmanes, ils seraient exposés, isolés, et à terme écrasés par une pression islamophobe massive.

Alors même que certains estiment nécessaire de multiplier les prédicateurs afin d’éviter qu’ils ne subissent des assauts islamophobes massifs, il serait pour le moins incohérent de prétendre qu’un groupe restreint de quelques milliers de convertis — donc numériquement bien plus exposé et bien moins soutenu — pourrait, à lui seul, encaisser une islamophobie institutionnelle et médiatique exercée d’en haut.

Le rendez-vous entre le peuple de France et l’islam ne se fera ni par la race, ni par la nostalgie identitaire, mais par :

  • la vérité,
  • La Da'wah,
  • la justice,
  • la cohérence,
  • et la fidélité au message prophétique.

L’islam ne s’enracine pas par le sang, mais par la foi.


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