Réfutation d’une déviation kalâmiste sur la connaissance d’Allah

Introduction

Parmi les déviations doctrinales contemporaines les plus graves figure celle qui touche au fondement même de la foi : la manière de connaître Allah.
Le courant des Ahbâch sectaires, héritier assumé du kalâm théologique, affirme que la connaissance d’Allah ne serait ni innée, ni naturelle, mais acquise exclusivement par le raisonnement spéculatif (an-naẓar), au point d’en faire le premier devoir imposé au croyant.

Cette thèse n’est pas une simple divergence secondaire.
Elle touche au tawḥīd, à la fitra, à la mission des prophètes, et à la méthodologie de l’islam sunnite. L’examiner, c’est donc un devoir de clarification.


1. La thèse ahbâchie sectaire : une connaissance d’Allah uniquement rationnelle

Les Ahbâch affirment que :

  • la connaissance d’Allah est théorique (naẓariyya)
  • elle n’est pas innée (ghayr fiṭriyya)
  • elle n’est obtenue que par le raisonnement démonstratif
  • celui qui ne raisonne pas est fautif, voire pécheur

Ils héritent ici directement des thèses des mutakallimūn (Muʿtazila puis Ashʿarites), qui ont fait du raisonnement spéculatif la porte d’entrée obligatoire vers la foi.

Cette position implique une conséquence grave :
👉 l’être humain ne connaîtrait pas Allah naturellement.


2. La fitra : fondement coranique de la connaissance d’Allah

Le Coran affirme explicitement que la reconnaissance d’Allah est inscrite dans la nature humaine :

« Dirige ton visage vers la religion exclusivement, telle est la fitra d’Allah selon laquelle Il a créé les gens. »
(ar-Rūm, 30)

Allah n’a pas créé l’homme neutre, vide ou ignorant de son Créateur.
Il l’a créé porteur d’une disposition naturelle à reconnaître Allah, à L’aimer, à Le rechercher.

Cette fitra n’est pas un simple potentiel abstrait :
elle est une connaissance fondamentale, préalable à tout raisonnement.


3. Le témoignage universel de l’humanité

Le Coran rappelle que même les polythéistes reconnaissaient Allah comme Créateur :

« Si tu leur demandes qui a créé les cieux et la terre, ils diront : Allah. »
(Luqmān, 25 – az-Zukhruf, 87)

Et en situation de détresse :

« Quand ils sont dans le navire, ils invoquent Allah en Lui vouant un culte exclusif. »
(Yūnus, 22)

Cela prouve que :

  • la reconnaissance d’Allah n’est pas le fruit d’un raisonnement kalâmiste
  • elle ressurgit spontanément lorsque les artifices culturels tombent

Si la connaissance d’Allah nécessitait un raisonnement complexe, ces aveux universels seraient impossibles.


4. La Sunna : « Tout enfant naît sur la fitra »

Le Prophète ﷺ a dit :

« Tout enfant naît sur la fitra. Ce sont ses parents qui en font un juif, un chrétien ou un mage. »

Les savants de la Sunna ont expliqué unanimement que :

  • la fitra signifie l’islam, le tawḥīd, la reconnaissance d’Allah
  • la déviation vient après, par l’éducation, la culture ou les passions

Imam Ahmad, Ibn ʿAbd al-Barr, an-Nawawī, Ibn Taymiyya, Ibn al-Qayyim et d’autres sont explicites :
👉 l’être humain naît croyant, non sceptique.


5. Les prophètes n’ont jamais appelé au raisonnement spéculatif

Un fait décisif :

👉 Aucun prophète n’a jamais dit : “raisonnez pour prouver l’existence de Dieu”.

Tous ont dit :

« Adorez Allah, vous n’avez pas d’autre divinité que Lui. »

Leur mission n’était pas :

  • d’enseigner des syllogismes
  • ni d’imposer des démonstrations philosophiques

Mais de :

  • rappeler le tawḥīd
  • purifier l’adoration
  • combattre le shirk

Si le raisonnement spéculatif était le premier devoir, les prophètes y auraient appelé explicitement. Or cela n’existe ni dans le Coran, ni dans la Sunna.


6. Le premier devoir en Islam : la shahāda, pas le kalâm

Les textes sont clairs :

  • le premier devoir est de prononcer la shahāda
  • d’unifier Allah dans l’adoration
  • de reconnaître la mission du Prophète ﷺ

Jamais :

  • le Coran
  • ni la Sunna
  • ni les Compagnons

n’ont posé comme condition préalable :
👉 un raisonnement spéculatif abstrait.

Faire du naẓar le premier devoir, c’est inverser l’ordre voulu par Allah.


7. Même des savants du kalâm reconnaissent la fitra

Ironie doctrinale :
des figures ashʿarites majeures comme al-Ghazālī, ar-Rāzī, al-Āmidī reconnaissent que :

  • la connaissance d’Allah peut être fitriya
  • elle peut être nécessaire
  • le raisonnement n’est pas la seule voie

Cela suffit à détruire toute prétention ahbâchie à un consensus.


8. L’histoire humaine confirme la nature religieuse de l’homme

Les civilisations humaines ont toujours été religieuses.
L’athéisme de masse est :

  • récent
  • marginal
  • lié à des contextes idéologiques spécifiques

Aucune société durable n’a existé sans croyance.
Cela confirme que le rapport à Allah est structurel, pas accidentel.


9. Les conséquences dangereuses de la thèse ahbâchie

Cette doctrine conduit à :

  • fragiliser la foi
  • introduire le doute
  • faire de la religion une abstraction intellectuelle
  • mépriser la voie des Salaf, des pieux prédécesseurs que sont le Prophète paix sur Lui et les Compagnons qu'Allah les agrée tous et toutes
  • ouvrir la porte à la confusion et au relativisme

Elle transforme l’islam en système philosophique, alors qu’il est une religion de fitra, de révélation et de soumission.


Conclusion : une innovation étrangère à l’islam sunnite

La doctrine ahbâchie selon laquelle la connaissance d’Allah ne serait acquise que par le raisonnement spéculatif est :

  • étrangère au Coran
  • étrangère à la Sunna
  • étrangère aux Compagnons
  • étrangère aux Salaf
  • héritée du kalâm

L’islam enseigne que :

  • la connaissance d’Allah est innée
  • le tawḥīd est naturel
  • la révélation vient guider, purifier et corriger, non créer la foi de toutes pièces

Revenir à la fitra, c’est revenir à l’islam authentique.
Tout le reste n’est que confusion.


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Petites précisions supplémentaires importantes : Le naẓar (la réflexion, l’observation, l’usage de la raison) n’est pas rejeté en islam sunnite. Ce qui est rejeté, c’est d’en faire la base, l’origine et la condition première de la foi.

Ce que l’islam sunnite affirme

  • Le naẓar est légitime
  • Il est :
    • un moyen
    • un renforcement
    • une confirmation
    • une aide à la foi
  • Le Coran y invite souvent :
    • « Ne méditent-ils donc pas ? »
    • « Ne réfléchissent-ils pas ? »

Donc la raison a une place, mais subordonnée.

Le problème n’est pas l’usage du naẓar, mais son absolutisation.
En islam sunnite, la raison éclaire la foi ; elle ne la fonde pas. La fitra est la base, la révélation guide, la raison accompagne. Inverser cet ordre, c’est s’écarter de la voie des Salaf.


« Ne méditent-ils donc pas ? »