Plusieurs personnes croient à tort que l’islam enseigne que « la femme est déficiente d’intelligence ». Cette idée erronée repose sur une lecture littérale d’un hadith célèbre (Sahih al-Boukhari 298) qui dit en substance : « Je n’ai pas vu un groupe plus déficient dans la raison et la religion que vous [les femmes] ».


C’est une ambiguïté abondamment relayée par les sphères radicalisées de l’islamophobie, notamment celles qui se revendiquent de « l’apostasie ». J’aborde en profondeur cette question dans mon ouvrage de réfutation du premier livre islamophobe de Majid Oukacha, intitulé Il était une mauvaise foi, Majid Oukacha… (voir ci-dessous).

Livre PDF à télécharger - IL ÉTAIT UNE MAUVAISE FOI, MAJID OUKACHA…
Il était une mauvaise foi, Majid Oukacha… – Nouvelle édition 2025 Indisponible depuis plusieurs années, le livre-réfutation le plus attendu est enfin de retour.Entièrement corrigé, enrichi, réorganisé et actualisé, cet ouvrage majeur compte désormais 465 pages d’analyse, de réponses et de démonstrations face aux menson

Pour comprendre ce texte, il faut en examiner le contexte et la langue. En effet, le Prophète ﷺ s’adressait ici à un groupe de femmes dans une sermon les exhortant à faire l’aumône (charité). Ce discours pastoral les encourageait à expier leurs péchés par de bonnes œuvres. Le mot arabe nuqṣān traduit ici (dans le hadith) par « déficience » signifie littéralement « réduction » ou « allègement ». Comme l’explique l’éminent islamologue Justin Parrott, ces « réductions » concernent des obligations légales allégées pour les femmes, pas une tare naturelle. En d’autres termes, la « diminution de raison » évoquée dans le hadith renvoie à des mesures juridiques spécifiques, non à une moindre capacité intellectuelle innée.

Concrètement, le Prophète ﷺ donne lui-même l’explication immédiate du hadith. Interrogé sur la « déficience de leur raison », il répond qu’une femme témoin vaut « comme la moitié d’un homme » lors d’un contrat financier car à l'époque ces affaires (le commerce) étaient généralement masculines, et il rappelle qu’en cas de règles la femme n’a pas à prier ni à jeûner. Ces deux exemples illustrent les « réductions » dont il parle.


Il était une mauvaise foi, Majid Oukacha : "Le Verset 282 de la Sourate Al-Baqara concerne spécifiquement la contraction d’une dette. Conformément au contexte de l’époque, les hommes étaient, dans leur grande majorité, bien plus familiers des affaires financières, des transactions et des ruses possibles dans ce domaine. Les femmes, pour la plupart, n’avaient pas ce type d’expérience. C’est pourquoi certains Savants considèrent que le témoignage d’une femme ayant acquis une expertise dans ce domaine vaut celui d’un homme, et peut même le dépasser si cet homme est ignorant ou incapable en matière de calculs. Cette conclusion est purement logique. Cette position est d’ailleurs adoptée par plusieurs Savants contemporains, et de Sunnah (Sunnites et reconnus pour leur science) comme nous l’avons dit, en conformité avec d’autres Textes Sacrés qui ne posent nullement de condition générale diminuant la valeur du témoignage féminin..." P186


Ainsi, « nuqṣān fī ʿaqlihinnā » signifie « réduction de responsabilité légale », pas « déficit intellectuel ». De nombreux commentateurs classiques ont d’ailleurs souligné que ce hadith ne traite que ces deux cas précis (mémoire du témoignage et règles) et non un défaut général de la femme. Comme le note un commentaire francophone : « Il n’est pas nécessaire que cette déficience soit dans tous les domaines… Cela ne veut pas dire qu’elle soit inférieure à l’homme en toute chose. » Autrement dit, on ne peut pas généraliser cette « réduction » aux capacités intellectuelles de la femme.

De fait, les preuves historiques et théologiques s’accumulent contre l’idée d’une infériorité cognitive des femmes. Dans les premiers siècles de l’islam, d’innombrables femmes furent de grandes savantes et narratrices de hadiths. Par exemple, ʿĀʾisha qu'Allah l'Agrée, l’épouse du Prophète ﷺ, transmit plusieurs milliers de hadiths et joua un rôle majeur dans la formation du droit musulman. Les compagnons eux-mêmes allaient la consulter pour des questions religieuses importantes. L’historien des hadiths Ibn Ḍahabī note qu’« aucune narratrice [de hadith] n’a jamais été accusée de mensonge ou abandonnée en raison de son genre », et plus de 120 femmes sont connues pour avoir rapporté des traditions prophétiques authentiques. Autrement dit, leur témoignage était jugé fiable autant que celui des hommes, car on évaluait leur honnêteté et leur mémoire individuellement et sans discrimination de sexe.

Plusieurs exemples illustrent que l’islam valorise même explicitement l’intelligence féminine. Lors de l’accord de Ḥudaybiyya, les compagnons étaient démoralisés. Il alla demander conseil à son épouse Umm Salama qu'Allah l'Agrée, qui lui suggéra d’appliquer ses propres instructions en sacrifiant et rasants sa tête avant de s’adresser aux autres. Le Prophète suivit ce conseil et vit les compagnons le suivre immédiatement. Cette exemple montre que la femme avait un « esprit judicieux » capable de guider le Prophète ﷺ dans une situation difficile. L’érudit Ibn Ḥajar commentera plus tard que la sagesse d’Umm Salama était telle qu’« on ne connaît pas de femme donnant son avis avec autant de justesse qu’Umm Salama ». Cet épisode souligne que les femmes peuvent posséder une grande intelligence pratique et une intuition que les hommes n’ont pas toujours, exactement comme on reconnait différents types d’intelligence (émotionnelle, sociale, pratique, etc.).

Enfin, l’égalité de dignité et la complémentarité homme-femme sont affirmées dans la tradition prophétique. Un hadith authentique dit clairement : « Les femmes sont les semblables (shaqāʾiq) des hommes ». Cela signifie qu’hommes et femmes se complètent comme deux demi-choses formant un tout, et non que l’un serait « meilleur » que l’autre de manière absolue. Le cheikh Ibn Bāz souligne à ce propos que « cette parole ne signifie pas que la femme soit inférieure à l’homme en tout, ni que l’homme lui soit supérieur en tout. Oui, les hommes ont des avantages pour des raisons diverses… mais il arrive qu’une femme le dépasse parfois dans beaucoup de choses. Combien Dieu a élevé de femmes au-dessus de beaucoup d’hommes par leur raison, leur piété et leur maîtrise !». On retrouve l’idée dans plusieurs sources traditionnelles : « Combien de femmes sont supérieures à de nombreux hommes, en raison, piété et mémoire ». En somme, selon Justin Parrott et les autorités classiques, il est abusif de prétendre que le Prophète ﷺ décrivait les femmes comme moins intelligentes. C’est un malentendu de traduction et de contexte.

Points-clés : - Le hadith « déficients dans la raison et la religion » porte sur des aménagements légaux (en lien avec l'expérience) et non sur l’intelligence naturelle. - L’islam regorge de femmes érudites (Aïcha, de nombreuses narratrices de hadiths fiables, etc.). - Hommes et femmes se complètent mutuellement : « les femmes sont les semblables des hommes » et plusieurs sources rappellent qu’il existe de nombreuses femmes supérieures à beaucoup d’hommes en savoir et piété. - En somme, l’interprétation répandue est erronée : le hadith a été mal traduit et détourné de son contexte. L’islam enseigne au contraire le respect mutuel et l’entraide entre croyants des deux genres, sans exalter aucun sexe au détriment de l’autre.


Il était une mauvaise foi, Majid Oukacha : "Ces Versets Coraniques — et il en existe d’autres — montrent que, selon certains Savants contemporains, le témoignage n’est pas conditionné par le sexe...." P186


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