Qu’est-ce que l’athéisme ? Définition, confusions et réalités historiques
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Introduction
Le terme athéisme est aujourd’hui employé de manière large, parfois abusive, au point de devenir une étiquette fourre-tout. Cette confusion empêche souvent toute analyse sérieuse des croyances, des positions philosophiques et des débats religieux contemporains.
À partir des définitions classiques et des distinctions établies par les savants musulmans, il est essentiel de clarifier ce que signifie réellement l’athéisme, ses différentes formes, et surtout de distinguer le sens linguistique du sens terminologique moderne, afin d’éviter des erreurs graves d’interprétation.
1. Le sens linguistique de l’athéisme
En langue arabe, le mot الإلحاد (al-ilhād) ne signifie pas, à l’origine, la négation de Dieu.
Il signifie :
الميل : l’inclinaison, la déviation par rapport à la voie droite.
Allah ﷻ dit :
« …et celui vers qui ils inclinent leurs langues… »
(Coran, sourate An-Nahl, 16:103)
Ainsi, ilḥād, dans son sens linguistique, désigne toute forme de déviation doctrinale, même chez une personne qui affirme croire en Dieu.
👉 Conclusion importante :
Le sens linguistique de l’athéisme est beaucoup plus large que le sens moderne occidental.
2. Le sens terminologique (moderne) de l’athéisme
Dans son sens اصطلاحي contemporain, l’athéisme désigne :
La négation de l’existence du Créateur, ainsi que du monde invisible, de la révélation, de la résurrection et du Jugement dernier.
Ce sens précis est récent dans l’histoire humaine.
3. Les différentes catégories contemporaines liées à l’athéisme
Les auteurs distinguent plusieurs profils, souvent confondus à tort :
1. Le matérialiste athée
Il nie l’existence de Dieu et de toute réalité métaphysique.
2. Le déiste (الربوبي)
Il affirme l’existence d’un Créateur, mais rejette les religions révélées et nie la prophétie.
3. L’agnostique (اللاأدري)
Il déclare ne pas pouvoir affirmer ni nier l’existence de Dieu.
Il suspend son jugement.
4. L’indifférent religieux
Il ne s’intéresse pas à la question de Dieu, sans nécessairement nier Son existence.
5. L’humaniste
Il met l’être humain au centre de ses préoccupations morales.
👉 Un humaniste n’est pas nécessairement athée.
4. Une erreur fréquente : tout confondre sous le mot « athée »
Tous ces profils sont parfois regroupés abusivement sous le terme « athée », alors que :
- certains croient en un Créateur,
- d’autres doutent,
- d’autres sont simplement indifférents.
👉 Tous peuvent être qualifiés de “non-religieux”, mais pas tous d’athées au sens strict.
5. Une confusion majeure dans certains jugements historiques
Une remarque fondamentale est soulignée :
Il existe une différence essentielle entre l’athéisme linguistique et l’athéisme terminologique moderne.
Ainsi, lorsque certains savants anciens qualifiaient une personne de mulḥid, cela ne signifiait pas qu’elle niait l’existence de Dieu.
Cela pouvait désigner :
- une déviation dans les Noms et Attributs d’Allah,
- une erreur doctrinale,
- une influence philosophique étrangère à la révélation.
👉 Accuser des savants musulmans comme Ibn Sīnā ou d’autres philosophes d’athéisme moderne est donc une erreur historique et conceptuelle.
Ils n’étaient pas athées au sens contemporain, mais ont pu commettre des erreurs dans certaines questions de croyance.
6. L’athéisme dans l’histoire : une réalité récente
Contrairement à une idée répandue :
- Il n’existe pas de trace claire d’un athéisme organisé et assumé (négation totale du Créateur) avant le XVIIIᵉ siècle.
- Même dans l’Antiquité, la croyance en une divinité supérieure était largement dominante.
Un nom est parfois cité par exception : Diagoras de Mélos, mais même son cas reste historiquement débattu.
👉 Jusqu’à l’époque moderne, la négation explicite de Dieu était marginale, aussi bien en Orient qu’en Occident.
Conclusion générale
L’athéisme n’est ni un concept simple ni uniforme.
La confusion entre :
- le sens linguistique ancien,
- le sens philosophique moderne,
a engendré des jugements erronés, des amalgames et des accusations injustes.
Comprendre ces distinctions permet :
- de mieux analyser les débats contemporains,
- d’éviter les caricatures,
- et de rétablir une lecture intellectuellement honnête de l’histoire des idées.
