Libre arbitre, volonté divine et mensonge théologique de l'abbé guy pagès

Dans le point 13 de son ouvrage Interroger l’islam, l’abbé Guy Pagès affirme que :

« La confession de la seule unicité de Dieu a logiquement conduit l’islam à déclarer qu’il n’y a pas de principe en dehors de Lui, ni donc de distinction possible entre la cause première (la Volonté de Dieu) et les causes secondes (…) En conséquence, il est impossible en islam de reconnaître aux hommes autonomie et liberté. »

Cette affirmation n’est pas seulement fausse : elle révèle une méconnaissance profonde de la théologie islamique, du Coran, de la tradition prophétique et de plus de quatorze siècles de débats intellectuels musulmans.

1. Un faux dilemme : unicité divine ≠ négation des causes secondes

L’abbé Pagès construit un raisonnement simpliste mais aussi vraiment ridicule :

Un Dieu absolument Un → aucune cause seconde → aucun libre arbitre humain.

Or, l’islam n’a jamais nié l’existence des causes secondes.

🔹 Position islamique classique :

  • Dieu est la Cause première, Créateur de tout.
  • Les causes secondes existent, mais créées et voulues par Dieu.
  • L’homme agit réellement, mais dans un cadre voulu par Dieu.

C’est précisément ce que résume l’imam al-Tahâwî (Xe siècle), référence sunnite majeure :

« Les actes des serviteurs sont créés par Allah, mais acquis (kasb) par les serviteurs. »

👉 Création divine ne signifie nullement l'absence d’action humaine
👉 Souveraineté de Dieu ne signifie nullement une robotisation de l’homme

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2. Le Coran affirme explicitement la responsabilité humaine

Contrairement à ce qu’insinue l’abbé Pagès, le Coran fonde toute la responsabilité morale sur le libre choix humain.

Quelques versets explicites :

  • « Nous l’avons guidé sur la voie : qu’il soit reconnaissant ou ingrat. »
    (Coran 76:3)
  • « Quiconque le veut, qu’il croie ; et quiconque le veut, qu’il mécroie. »
    (Coran 18:29)
  • « Allah ne change pas l’état d’un peuple tant qu’ils ne changent pas ce qui est en eux-mêmes. »
    (Coran 13:11)

👉 Ces versets n’ont aucun sens sans liberté humaine réelle.
👉 Une religion qui nierait la liberté ne pourrait ni juger, ni récompenser, ni châtier.


3. L’erreur grave de guy pages : confondre omnipotence divine et contrainte

L’abbé Pagès commet ici une erreur théologique classique :
confondre savoir et contrainte.

En islam :

  • Dieu sait ce que l’homme fera
  • mais Son savoir n’impose pas l’acte

Comme l’expliquait déjà l’imam Abû Hanîfa :

« La science d’Allah suit l’acte, elle ne le contraint pas. »

👉 Le fait que Dieu sache n’abolit pas le choix, pas plus que le fait qu’un professeur sache qu’un élève va échouer ne provoque son échec.


4. Une ignorance des débats islamiques fondamentaux

Si l’abbé Pagès connaissait réellement l’islam, il saurait que :

  • Le libre arbitre est une réalité Islamique qu'aucun savant musulman et même lambda n'ignore.

C’est une carence académique majeure pour un auteur "se voulant sérieux".


5. Le contresens politique : islam n'est pas totalitarisme

L’abbé Pagès conclut de manière idéologique :

« L’engrenage totalitaire propre à toute société se voulant musulmane vient de cette conception totalitaire de Dieu. »

Cette affirmation est :

  • théologiquement infondée
  • historiquement fausse
  • politiquement orientée

Réalité historique :

  • Les sociétés musulmanes ont connu :
    • pluralisme juridique (4 écoles sunnites + autres)
    • débats contradictoires
    • autorités politiques limitées par le droit

6. Une projection chrétienne sur l’islam

L’erreur de fond de l’abbé Pagès est méthodologique :
il projette une grille théologique chrétienne sur l’islam.

En islam :

  • Dieu n’est pas « cause parmi d’autres »
  • Il est Créateur du cadre, non concurrent de la liberté humaine
  • La liberté est un don, non une autonomie absolue

👉 L’homme est libre parce que Dieu l’a voulu libre, non contre Dieu.


Conclusion : une critique bâtie sur une ignorance manifeste

Le point 13 de Interroger l’islam repose sur :

  • une confusion conceptuelle,
  • une méconnaissance du Coran,
  • une ignorance des écoles théologiques islamiques,
  • et une instrumentalisation idéologique.

L’islam n’a jamais nié la liberté humaine ; il l’a encadrée moralement, comme toute religion cohérente. Présenter l’islam comme intrinsèquement totalitaire relève non de l’analyse, mais de la caricature doctrinale.

👉 Une critique sérieuse commence par la compréhension honnête de ce qu’elle prétend réfuter. Ce point 13 en est encore une fois, comme tout le livre de pagès d'ailleurs, l’exact opposé.


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