Connaître Dieu, Le servir et Le voir : une méconnaissance manifeste de la théologie islamique

Dans le point 14, l’abbé Guy Pagès affirme que, puisque « en islam l’homme ne peut connaître Dieu », le musulman ne pourrait ni Le servir correctement, ni mériter le Paradis, et que la promesse islamique de la vision de Dieu serait incohérente.

Cette thèse repose sur une confusion majeure entre plusieurs notions distinctes en islam : connaître Dieu, servir Dieu, et voir Dieu.


1. L’erreur fondamentale : confondre connaissance de l’essence et connaissance d’Allah

Lorsque l’islam affirme que l’homme ne peut connaître Allah, cela signifie une chose précise :
👉 l’homme ne peut saisir l’essence (dhāt) d’Allah.

Cela ne signifie ni :

  • qu’il ne connaît rien d’Allah,
  • ni qu’il ne peut avoir de relation avec Lui,
  • ni qu’il ne peut Le servir.

Le Coran affirme explicitement :

« Ils ne cernent de Sa science que ce qu’Il veut. »
(Coran 2:255)

👉 L’islam distingue donc clairement :

  • la connaissance exhaustive de l’essence divine (impossible),
  • de la connaissance vraie et suffisante d’Allah par Ses noms, Ses attributs et Ses actes (obligatoire).
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2. Servir Dieu sans connaître Son essence : une évidence rationnelle

L’argument de l’abbé Pagès est le suivant :

Puisque le musulman ne peut connaître Dieu, il ne peut pas Le servir.

Cet argument est logiquement invalide.

👉 L’être humain :

  • ne connaît pas l’essence de la gravité,
  • ne connaît pas l’essence de la conscience,
  • ne connaît pas l’essence de son âme,

… et pourtant il agit, obéit à des lois, vit et interagit.

En islam, servir Allah repose sur la révélation, non sur la connaissance de Son essence.

« Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent. »
(Coran 51:56)

Allah ordonne, explique comment servir, et accepte l’adoration, sans exiger une connaissance ontologique impossible.


3. Le sophisme sur le Paradis et la “connaissance préalable”

L’abbé écrit qu’« il ne peut y avoir de Paradis que pour des créatures intelligentes vivant en communion avec Dieu » et en conclut que le musulman ne pourrait y accéder.

Cette affirmation est purement dogmatique chrétienne, projetée sur l’islam.

👉 En islam :

  • le Paradis est une récompense accordée par la miséricorde d’Allah,
  • fondée sur la foi, l’obéissance et la sincérité,
  • non sur une communion ontologique ou une fusion avec Dieu.

L’islam rejette explicitement toute idée de participation à l’essence divine.


4. La vision d’Allah au Paradis : une promesse claire et cohérente

Contrairement à ce qu’insinue le point 14, la vision d’Allah au Paradis est affirmée explicitement dans les sources islamiques.

Le verset coranique

﴿ وُجُوهٌ يَوْمَئِذٍ نَاضِرَةٌ ۝ إِلَىٰ رَبِّهَا نَاظِرَةٌ ﴾
« Ce jour-là, des visages seront rayonnants, regardant leur Seigneur. »
(Coran 75:22–23)

Le hadith authentique

Le Prophète ﷺ a dit :

« Vous verrez votre Seigneur comme vous voyez la pleine lune, sans vous bousculer pour Le voir. »
(al-Bukhārī, Muslim)

👉 Cette vision est :

  • réelle,
  • sans comment (bilā kayf),
  • sans ressemblance,
  • sans incarnation.

Voir Allah n’implique en rien connaître Son essence, pas plus que voir une réalité créée implique en épuiser la nature.


5. Le verrou théologique ignoré par l’abbé

Allah dit :

﴿ لَيْسَ كَمِثْلِهِ شَيْءٌ ﴾
« Rien ne Lui ressemble. »
(Coran 42:11)

Ce verset empêche toute lecture anthropomorphique.

👉 L’islam affirme simultanément :

  • la transcendance absolue d’Allah,
  • la possibilité de Le voir au Paradis,
    sans contradiction.

6. Une conclusion construite sur une projection chrétienne

Le point 14 ne réfute pas l’islam.
Il juge l’islam à partir de catégories chrétiennes :

  • communion,
  • connaissance salvifique,
  • participation à la vie divine.

Or l’islam ne repose pas sur ces concepts.

👉 Dire que le musulman ne peut servir Allah ni mériter le Paradis parce qu’il ne connaît pas Son essence revient à reprocher à l’islam de ne pas être le christianisme.


Conclusion

Le point 14 repose sur :

  • une confusion conceptuelle,
  • une projection théologique étrangère à l’islam,
  • et une ignorance des distinctions fondamentales de la croyance musulmane.

L’islam enseigne :

  • une connaissance vraie d’Allah sans prétention à saisir Son essence,
  • une adoration fondée sur la révélation,
  • et une vision d’Allah au Paradis digne de Sa transcendance.

Il n’y a là ni incohérence, ni contradiction, mais une théologie cohérente… simplement différente.