Réfutation du point 15 du livre Interroger l’islam de l’abbé Guy Pagès
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Proximité divine, communion et falsification du discours islamique
Dans le point 15 de son ouvrage Interroger l’islam, l’abbé Guy Pagès prétend réfuter la conception islamique de la proximité divine en l’opposant à la notion chrétienne de « communion ». Pour ce faire, il procède à une série de glissements sémantiques, de caricatures théologiques et d’amalgames grossiers, qui trahissent une méconnaissance profonde – ou une volonté délibérée de déformation – de la doctrine islamique.
Cette réfutation vise à démontrer, point par point, que son raisonnement est fallacieux, théologiquement invalide et intellectuellement malhonnête.
1. Une accusation centrale : l’islam refuserait toute communion avec Dieu
L’abbé Pagès affirme que :
- l’islam refuserait toute forme de communion avec Dieu,
- la proximité évoquée dans le Coran serait une proximité menaçante et non aimante,
- le désir de communion avec Allah serait, en islam, « blasphématoire ».
Ces trois affirmations sont fausses.
Elles reposent sur une confusion volontaire entre :
- la transcendance ontologique de Dieu,
- et la relation spirituelle entre Dieu et la créature.
2. Le verset de la veine jugulaire : une caricature indigne
L’abbé Pagès cite le verset :
« Nous sommes plus proches de lui que sa veine jugulaire »
(Coran, 50:16)
Puis il ironise lourdement en suggérant que, dans l’“univers mental musulman”, cette proximité pourrait évoquer « la lame d’un couteau » ou une menace du garde-chiourme.
Cette lecture est un procédé rhétorique malhonnête.
Dans l’exégèse musulmane classique, aucun savant n’a compris ce verset comme une proximité physique, violente ou anthropomorphique.
Les grands exégètes (Ibn Kathîr, At-Tabarî, Al-Qurtubî) expliquent que cette proximité signifie :
- la science parfaite d’Allah,
- Sa connaissance intime de l’être humain,
- Sa présence par la science, la domination et l’assistance, non par l’incarnation.
Transformer cette proximité en menace relève de la manipulation émotionnelle, non de l’analyse théologique.
3. Proximité ne signifie pas incarnation : une distinction que le christianisme refuse
L’erreur fondamentale de l’abbé Pagès est la suivante :
Il suppose que toute proximité véritable avec Dieu implique nécessairement l’incarnation ou la fusion ontologique.
Or, l’islam rejette cette prémisse.
En islam :
- Dieu est proche sans être contenu,
- présent sans être incarné,
- aimant sans devenir créature.
La proximité divine n’est pas une confusion des natures, mais une relation de Seigneur à serviteur, de Créateur à créature, fondée sur la miséricorde, la guidance et l’amour divin.
4. Le mensonge sur la “communion” interdite en islam
L’abbé Pagès affirme que « désirer une communion avec Allah est blasphématoire en islam ».
C’est factuellement faux.
Ce que l’islam interdit, ce n’est pas la communion spirituelle, mais :
- l’union ontologique,
- la fusion des essences,
- l’assimilation de la créature au Créateur.
En revanche, l’islam enseigne explicitement :
- l’amour d’Allah pour Ses serviteurs,
- la proximité spirituelle par l’adoration,
- l’intimité du cœur avec Dieu.
Le Prophète ﷺ rapporte qu’Allah dit dans un hadith authentique (hadith qudsî) :
« Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. »
(Al-Bukhârî)
Parler ici d’un Dieu lointain ou inaccessible est donc une contre-vérité manifeste.
5. La vraie question : un Dieu proche ou un Dieu altéré ?
En réalité, la divergence n’est pas entre proximité et éloignement, mais entre deux conceptions de Dieu :
- L’islam affirme un Dieu absolument transcendant et intimement proche,
- Le christianisme trinitaire affirme une proximité au prix d’une transformation ontologique de Dieu.
L’abbé Pagès accuse l’islam de refuser la communion, mais c’est en réalité l’islam qui refuse de sacrifier la transcendance divine pour rendre Dieu “accessible”.
6. Une projection chrétienne sur l’islam
Tout le point 15 repose sur une projection théologique :
- l’abbé Pagès juge l’islam selon des catégories chrétiennes,
- puis reproche à l’islam de ne pas y correspondre.
Mais refuser l’incarnation n’est pas refuser l’amour,
refuser la Trinité n’est pas refuser la relation,
refuser la fusion n’est pas refuser la proximité.
Conclusion : une réfutation sans appel
Le point 15 de Interroger l’islam ne constitue ni une analyse sérieuse, ni une critique honnête.
Il s’agit :
- d’une caricature de la théologie islamique,
- d’un usage abusif de l’ironie,
- d’un raisonnement bâti sur des prémisses chrétiennes imposées à l’islam.
L’islam n’enseigne pas un Dieu lointain et menaçant, mais un Dieu :
proche, miséricordieux, aimant, sans jamais être assimilé à Sa création.
Et c’est précisément cette cohérence théologique que l’abbé Pagès ne parvient ni à comprendre, ni à réfuter.
