Réfutation du point #17 du livre Interroger l’islam de l’abbé Guy Pagès
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Introduction
Le point 17 du livre Interroger l’islam de l’abbé Guy Pagès constitue l’un des passages les plus problématiques de l’ouvrage, tant par son accumulation d’erreurs théologiques que par ses glissements idéologiques et ses caricatures grossières de la doctrine islamique. Sous couvert d’analyse philosophico-théologique, l’auteur y développe une vision de l’islam qui relève davantage du fantasme polémique que d’une lecture sérieuse des sources musulmanes.
Nous allons réfuter méthodiquement ses affirmations, en montrant qu’elles reposent sur :
- une incompréhension fondamentale du tawḥîd (rendre Unique Allah dans l'Adoration),
- une confusion entre transcendance divine et négation du réel,
- une falsification de la position islamique sur l’altérité, le mal, l’existence humaine et la dignité,
- et enfin une instrumentalisation théologique visant à délégitimer l’islam comme religion pensable, humaine et rationnelle.


1. L’islam et le « refus de l’analogie de l’être » : une contre-vérité
L’abbé Pagès affirme :
« À cause du refus de l’analogie de l’être, l’islam ne connaît ni le vrai nom de Dieu […] ni ne dispose d’un lien entre Allah et le monde permettant de penser l’un ET l’autre. »
Cette affirmation est fausse à plusieurs niveaux.
1.1. L’analogie en islam : refus de l’assimilation, non de l’intelligibilité
L’islam ne rejette pas toute analogie, mais l’analogie ontologique qui assimilerait Dieu à la création (tashbīh). Il affirme simultanément :
- la transcendance absolue de Dieu (tanzīh),
- et la possibilité de Le connaître à travers Ses noms, Ses actes et Ses signes (āyāt).
Le Coran affirme clairement :
« Rien ne Lui ressemble, et Il est l’Audient, le Clairvoyant. » (Coran 42:11)
Ce verset unit précisément transcendance et connaissance. Dieu est connaissable sans être comparable. L’islam n’abolit pas la pensée de Dieu : il en fixe les limites pour éviter l’idolâtrie conceptuelle.
1.2. Les noms divins : connaissance sans incarnation
Contrairement à ce qu’affirme Pagès, l’islam connaît Dieu par Ses Noms (al-Asmā’ al-Ḥusnā), qui sont :
- relationnels (Le Miséricordieux, Le Juste, Le Sage),
- intelligibles,
- et opérants dans le monde.
Refuser que Dieu soit un « objet de pensée » au sens grec ne signifie pas qu’Il soit impensable, mais qu’Il ne peut être enfermé dans une essence créée.

2. « Allah monopolise l’être » : une absurdité métaphysique
L’auteur écrit :
« Puisque le dieu musulman est unique, il monopolise la totalité de l’être. Il est donc seul à être. »
Cette phrase révèle une incompréhension totale du concept islamique de création.
2.1. Création contingente et être dérivé
L’islam distingue clairement :
- l’Être nécessaire (wājib al-wujūd) : Dieu,
- les êtres contingents (mumkin al-wujūd) : la création.
Dire que Dieu est l’Être absolu ne signifie pas que la création n’existe pas, mais qu’elle n’existe pas par elle-même.
C’est une position métaphysique classique, partagée par :
- Avicenne,
- Al-Fārābī,
- Thomas d’Aquin lui-même.
L’argument de Pagès reviendrait à accuser toute théologie classique de nier le monde.

3. Altérité, mal et non-musulmans : une caricature idéologique
L’abbé Pagès affirme ensuite que, dans l’islam :
- l’altérité serait impensable,
- le non-musulman serait un « non-sens ontologique »,
- et le mal serait assimilé à l’existence même de l’autre.
Ces affirmations sont gravement mensongères.
3.1. L’altérité comme volonté divine
Le Coran affirme explicitement :
« Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez. » (49:13)
L’altérité est voulue par Dieu, non subie. La diversité humaine est un signe divin (āyah).
3.2. Liberté de croyance et épreuve
Le Coran reconnaît l’existence du non-musulman comme faisant partie de l’épreuve humaine :
« Si ton Seigneur avait voulu, tous les hommes auraient cru. » (10:99)
L’existence du non-musulman n’est ni un mal ontologique ni une anomalie, mais une conséquence de la liberté humaine voulue par Dieu.
4. L’image de Dieu et la dignité humaine
Pagès affirme :
« L’homme et la femme n’ont pas été créés à l’image de Dieu et n’ont donc aucun rapport ontologique avec Lui. »
4.1. Une autre conception de l’imago Dei
L’islam ne formule pas la dignité humaine par une « image ontologique », mais par:
- l’insufflation de l’esprit (rūḥ),
- la raison,
- la responsabilité morale,
- et la vice-gérance sur terre (khilāfa).
« Nous avons certes honoré les fils d’Adam. » (Coran 17:70)
La dignité humaine est universelle, antérieure à toute loi positive.
5. Droits, loi et morale : une lecture malhonnête
L’affirmation selon laquelle « les individus n’ont de droits que selon la loi coranique » est un truisme transformé en accusation.
Toute civilisation articule les droits à une vision morale. Le christianisme médiéval ne faisait pas autrement. En islam :
- la vie,
- la dignité,
- la propriété,
- la liberté de conscience sont protégées par les finalités supérieures de la loi (maqāṣid al-sharīʿa).
Conclusion
Le point 17 de Interroger l’islam ne relève pas d’une critique théologique sérieuse, mais d’une construction polémique islamophobe, visant à présenter l’islam comme :
- irrationnel,
- inhumain,
- incapable de penser l’autre,
- et incompatible avec la dignité humaine.
Ces accusations s’effondrent dès que l’on consulte les sources islamiques authentiques et la tradition intellectuelle musulmane.
Ce passage en dit finalement plus sur la peur et le refus de l’islam que sur l’islam lui-même.
« La critique qui refuse de comprendre cesse d’être critique ; elle devient idéologie. »

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