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Une grille de lecture géopolitique contemporaine

Introduction

Depuis plusieurs années, la question du Somaliland revient régulièrement dans les analyses géopolitiques liées à la Corne de l’Afrique. Cette entité, indépendante de facto depuis 1991 mais non reconnue internationalement, suscite l’intérêt de plusieurs acteurs régionaux et internationaux, dont Israël.
Dans ce contexte, certains observateurs évoquent le nom d’Oded Yinon, auteur d’un texte stratégique publié en 1982, afin de proposer une lecture idéologique de certaines dynamiques actuelles.

Il ne s’agit pas d’affirmer ceci ou cela, mais d’examiner des continuités de raisonnement stratégique. Une analyse géopolitique.


1. Le texte d’Oded Yinon : de quoi parle-t-on réellement ?

En 1982, Oded Yinon publie un article dans la revue Kivunim dans lequel il développe une thèse centrale :
la stabilité et la sécurité d’Israël passeraient par l’affaiblissement des grands États régionaux perçus comme structurellement instables.

Selon cette analyse :

  • de nombreux États du Moyen-Orient et des régions voisines seraient artificiels, hérités du découpage colonial ;
  • leurs fractures ethniques, religieuses ou claniques constitueraient des facteurs de désagrégation interne ;
  • des entités plus petites, plus homogènes, seraient moins susceptibles de représenter une menace stratégique.

2. La Corne de l’Afrique : un espace stratégique majeur

La Corne de l’Afrique est une région d’importance stratégique mondiale :

  • proximité immédiate de la mer Rouge ;
  • contrôle indirect du détroit de Bab el-Mandeb, passage clé du commerce maritime international ;
  • interface entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’océan Indien.

Le Somaliland demeure non reconnu par la communauté internationale, principalement pour préserver le principe de l’intégrité territoriale somalienne.


3. L’intérêt israélien pour le Somaliland : éléments d’analyse

Plusieurs éléments expliquent l’intérêt stratégique régulièrement évoqué par les analystes :

a) Sécurité maritime et régionale

La présence ou la coopération indirecte dans cette région permettrait :

  • une surveillance accrue des routes maritimes ;
  • une meilleure anticipation des menaces régionales ;
  • une limitation de l’influence d’acteurs hostiles dans la zone de la mer Rouge.

b) Diplomatie pragmatique africaine

Israël développe depuis plusieurs décennies une diplomatie dite « périphérique » :

  • partenariats bilatéraux discrets ;
  • coopération sécuritaire et technologique ;
  • relations avec des États ou entités en marge des équilibres classiques.

c) Logique d’États faibles mais stables

Dans une lecture réaliste des relations internationales, certains États préfèrent :

  • des voisins fragmentés mais prévisibles ;
  • plutôt que de grands ensembles instables susceptibles de basculer dans l’hostilité.

Cette logique, sans être exclusive à Israël, correspond à une réalité partagée par de nombreuses puissances. Diviser pour mieux régner.


4. Continuité idéologique, pas application mécanique

Associer Oded Yinon à la question du Somaliland ne signifie pas qu’un « plan Yinon » serait appliqué aujourd’hui. Il s’agit plutôt d’une continuité intellectuelle observable dans certaines orientations stratégiques, d'un plan Oded Yinon améliorée, moderne mais dont l'objectif reste toujours le même :

  • intérêt pour les périphéries régionales ;
  • préférence pour des équilibres fragmentés ;
  • adaptation aux réalités locales existantes plutôt que création artificielle de nouvelles fractures.
  • Affaiblissement, appauvrissement, division du Monde Musulman considéré comme civilisation des ténèbres par des élites sionistes radicalisés.

La fragmentation somalienne est le résultat :

  • de l’histoire coloniale ;
  • de l’effondrement étatique ;
  • de l'invasion américaine ;
  • de conflits internes prolongés.

Les acteurs extérieurs, Israël compris, s’insèrent malheureusement dans cette réalité.


Une rivalité stratégique menée par procuration

La présence croissante de la Turquie en Somalie — qu’elle soit militaire, économique ou institutionnelle — a profondément modifié les équilibres régionaux dans la Corne de l’Afrique. Dans ce contexte, certains États voient dans la fragmentation somalienne et dans l’émergence d’entités périphériques une manière indirecte de contenir l’influence turque, sans confrontation frontale.

Il ne s’agit pas d’un affrontement déclaré, mais d’une logique classique de rivalité par procuration : plutôt que d’affronter directement un acteur devenu influent, on cherche à réduire sa profondeur stratégique, à limiter ses points d’ancrage et à équilibrer sa présence par des partenariats alternatifs.

La Somalie devient ainsi, malgré elle, un espace de recomposition géopolitique, où les ambitions locales croisent les stratégies concurrentes de puissances extérieures, chacune cherchant à défendre ses intérêts sans assumer ouvertement un conflit direct.

L’intérêt de la Umma réside dans son unité, celui de la Somalie dans son intégrité, et tous deux exigent le refus des ingérences extérieures — notamment celles d'Oded Yinon — qui prospèrent sur la division, l’affaiblissement des peuples et la fragmentation des terres musulmanes, au détriment de leur souveraineté et de leur dignité.


Conclusion

Le lien souvent évoqué entre Oded Yinon, la fragmentation régionale et la question du Somaliland relève avant tout d’une lecture géopolitique très probable.

Comprendre ces dynamiques permet toutefois de :

  • mieux analyser les choix diplomatiques non conventionnels ;
  • éviter les simplifications idéologiques ;
  • saisir comment les puissances s’adaptent à un monde où les États se recomposent souvent de l’intérieur.

La géopolitique contemporaine est celle de continuités stratégiques, d’opportunités et d’adaptations pragmatiques.